C’était un 23 juillet : Nasser renverse la monarchie en Égypte
C’était un 23 juillet : Nasser renverse la monarchie en Égypte

Le 23 juillet 1952, un groupe de jeunes officiers égyptiens conduit par le lieutenant-colonel Gamal Abdel Nasser renverse la monarchie du roi Farouk Ier. Sans effusion de sang, ce coup d’État marque un tournant décisif dans l’histoire moderne de l’Égypte : le royaume est aboli, la République proclamée, et un nouveau chapitre s’ouvre pour le pays, libre désormais de toute tutelle coloniale. Ce jour deviendra une fête nationale, symbole d’un espoir de justice sociale, d’indépendance et de renouveau arabe.

Un régime affaibli, une révolution inévitable

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, l’Égypte vivait sous l’influence pesante de la Grande-Bretagne, malgré une indépendance de façade proclamée en 1922. Le roi Farouk, monté sur le trône en 1936, s’était peu à peu coupé de son peuple par un train de vie fastueux et une politique inefficace. La défaite de l’armée égyptienne lors de la guerre israélo-arabe de 1948, suivie d’un profond désenchantement social et économique, avait contribué à discréditer définitivement la monarchie.

Le mécontentement gronde dans tout le pays. Les Frères musulmans, puissants et implantés, réclament un État islamique, tandis qu’un groupe de jeunes officiers, appelés les « Officiers libres », rêve de justice sociale et d’indépendance nationale. Ces derniers, dont Nasser est la figure montante, veulent redonner à l’armée son honneur et à la nation sa souveraineté. Le 22 juillet 1952 au soir, face à l’annonce d’une nomination impopulaire dans les hautes sphères de l’armée, ils déclenchent leur plan : dans la nuit, les points stratégiques du Caire sont pris. Au matin, la radio annonce : l’armée a pris le pouvoir.

L’ascension de Nasser et la fin de la monarchie

Pour apaiser la population et les puissances étrangères, les Officiers libres placent un visage plus consensuel à la tête du pays : le général Mohammed Naguib. Celui-ci devient Premier ministre et chef des armées. Mais en coulisses, Nasser s’impose comme le véritable stratège et moteur de la révolution. Dès les premiers mois, il engage une série de réformes radicales : abolition de la monarchie, réforme agraire, fin des privilèges féodaux, et marginalisation progressive des Frères musulmans.

Le 26 juillet 1952, le roi Farouk, forcé d’abdiquer, quitte l’Égypte à bord du yacht royal Al-Mahrusa. Son fils, le jeune Fouad II, n’a que sept mois : la monarchie est désormais une coquille vide. Le 18 juin 1953, la République est officiellement proclamée, et Naguib en devient le premier président. Mais ce dernier, jugé trop conciliant envers les islamistes et trop favorable à un retour au parlementarisme, est rapidement écarté. Le 14 novembre 1954, Nasser prend les pleins pouvoirs.

Nasser devient alors le symbole d’un nouvel ordre arabe. Il engage l’Égypte dans une politique de non-alignement, nationalise le canal de Suez, modernise l’économie, et prône l’unité des pays arabes. Malgré ses erreurs et revers — dont l’humiliation de la guerre des Six Jours en 1967 — il reste une figure emblématique du nationalisme arabe, admiré bien au-delà de ses frontières.

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