MARINHA GRANDE – À l’approche des élections générales de dimanche, une lassitude palpable règne chez de nombreux Portugais. Après une décennie de gouvernements fragiles et une troisième élection nationale en trois ans, ce que les électeurs souhaitent désormais, ce n’est plus tant le triomphe d’un parti que la mise en place d’un exécutif stable, capable d’apporter des réponses concrètes aux défis économiques croissants et aux tensions commerciales mondiales.
À Marinha Grande, ville industrielle du centre du pays réputée pour sa production de moules destinés à l’exportation, le scepticisme domine. Dans une région autrefois bastion du Parti socialiste (PS), l’appui aux grands partis s’effrite. Ici, l’inquiétude ne porte pas tant sur les idéologies que sur l’efficacité des dirigeants à gouverner durablement. « Si les partis ne parviennent pas à un accord là-haut, nous souffrirons ici », résume Luis Simoes, ouvrier dans une usine de moulage.
Cette incertitude politique survient alors que l’économie donne déjà des signes de faiblesse. Les exportations portugaises, essentielles pour l’industrie de Marinha Grande, subissent les contrecoups des droits de douane imposés par les États-Unis et des tensions sur les marchés mondiaux. Les acteurs économiques, à l’instar de Joaquim Menezes, président d’Iberomoldes, s’inquiètent de l’effet combiné d’une instabilité nationale et d’un contexte international tendu.
Les sondages placent l’Alliance démocratique (AD) de centre-droit en tête, sans majorité claire, suivie de près par le PS. Le parti Chega, classé à l’extrême droite, maintient sa position mais reste marginalisé par les autres formations. Quant aux libéraux, ils pourraient détenir la clé d’une coalition, mais rien n’est acquis. Le paysage politique fragmenté et l’absence de nouvelles propositions enthousiasmantes nourrissent un désintérêt croissant des électeurs.
À Lisbonne comme dans les régions, les critiques fusent contre une campagne jugée creuse, axée sur les affaires et les accusations mutuelles. « Il n’y a pas beaucoup d’espoir que l’avenir soit différent du présent », déplore José Tomaz Castello Branco, professeur en sciences politiques. Pour certains observateurs, la meilleure issue serait une alliance post-électorale pragmatique, mais le passé récent laisse planer le doute sur la capacité des partis à collaborer.
Le risque d’une nouvelle paralysie politique est réel, avec l’impossibilité de convoquer d’autres élections générales avant la mi-2026. Un scénario qui alimente la colère et le désenchantement, comme l’exprime Luis Esperanca, retraité : « Cela ne peut plus continuer. » En toile de fond, c’est toute la crédibilité du système politique portugais qui semble mise à l’épreuve par la fatigue démocratique de ses citoyens.