Sceaux - un lycée privé d’infirmière scolaire depuis deux ans, enseignants et élèves à bout @wikipedia commons
Sceaux - un lycée privé d’infirmière scolaire depuis deux ans, enseignants et élèves à bout @wikipedia commons

Troisième rentrée et toujours pas d’infirmière scolaire au lycée des métiers Florian à Sceaux. Ce mardi, excédés par une situation qu’ils jugent « intenable », 36 enseignants sur 57 ont cessé les cours pendant une heure pour alerter élèves et parents. Dans la cour, plusieurs centaines de jeunes ont écouté leurs professeurs dénoncer l’absence de prise en charge médicale dans un établissement qui compte pourtant 600 élèves. Une pétition relancée pour l’occasion avait déjà récolté 750 signatures depuis 2023. Depuis deux ans, c’est la vie scolaire qui assume les malaises, les blessures et les confidences d’élèves en détresse. Bouillottes contre les douleurs de règles, poches froides pour les entorses, appels aux parents en cas de migraine… mais aucun soin, aucun médicament. Quand les cas deviennent graves, il ne reste qu’une option : le Samu ou les pompiers. L’an dernier, 18 interventions ont ainsi été déclenchées, dont une pour une élève en crise suicidaire.

Une détresse psychologique ignorée

Au-delà des petits bobos, les personnels redoutent les situations de crise. Plusieurs adolescentes se sont confiées sur des pratiques d’automutilation, d’autres sur des difficultés intimes impossibles à partager en famille. La psychologue scolaire, présente seulement un après-midi par semaine, ne suffit pas à absorber cette détresse. Pour les jeunes filles, l’absence d’une infirmière de référence prive d’un espace de confiance. Les enseignants s’inquiètent aussi de la prévention laissée de côté : éducation à la sexualité, contraception, alimentation ou conduites à risques, autant de missions normalement assurées par l’infirmerie. « Tout repose sur nous », regrette une professeure de prévention santé environnement. Les disciplines techniques ne sont pas épargnées : en coiffure, les ciseaux entraînent des coupures, en esthétique, les brûlures à la cire ou les réactions aux colorations font partie des risques. Faute de personnel médical, certains cours sont tout bonnement limités.

Le rectorat dans une posture délicate

Le rectorat de Versailles, sollicité à plusieurs reprises, n’a pas répondu à la presse. Début septembre, son directeur académique affirmait pourtant viser un recrutement complet des 145 postes d’infirmières scolaires du département « d’ici l’automne ». Une promesse qui laisse sceptiques enseignants et familles. En attendant, le lycée Florian continue de fonctionner sans filet médical, exposant élèves et personnels. « Je fais souvent des malaises, il faut en trouver une d’urgence », lâche une étudiante en BTS esthétique. Le sentiment partagé, ce mardi, résonnait comme un cri d’alarme : sans infirmière, c’est tout un établissement qui vit au bord de la rupture.

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