Il a suffi d’une lettre. Un nom, deux références glaçantes (Samuel Paty, Dominique Bernard) quelques mots brefs et une illustration sinistre. Le 12 juin, au collège Lucie-Aubrac d’Argenteuil, cette menace de mort adressée à une enseignante a mis l’établissement en état de choc. Depuis, la tension ne redescend pas. L’équipe pédagogique, unanime, dénonce une violence qui dépasse un cap. « La peur, la colère et la lassitude se sont immiscées dans notre collège. Aujourd’hui, nous sommes à bout », résume leur lettre ouverte adressée à la ministre de l’Éducation. Le lendemain de la découverte du courrier, l’enseignante visée a porté plainte. La direction a immédiatement saisi le procureur. Une cellule d’écoute a été mise en place, des forces de police déployées en périphérie du collège, et des équipes de sécurité du rectorat sont venues en renfort. Élisabeth Borne, via un message publié le 18 juin, a assuré sa « solidarité totale » et rappelé que « tout a été mis en œuvre pour protéger et soutenir » les personnels.
Une profession à cran face à une violence banalisée
Malgré les mesures proposées, l’enseignante aurait refusé la protection renforcée ainsi qu’une autorisation spéciale d’absence. Un choix que ses collègues respectent, tout en soulignant que ce nouvel épisode n’est pas isolé. « Nous n’en sommes pas au premier incident grave », écrivent-ils, déplorant l’escalade d’une violence qui « creuse les écarts et l’injustice ». Ils affirment être restés à Argenteuil « par vocation » et par amour pour leurs élèves, mais s’interrogent désormais : comment continuer d’enseigner dans un climat d’insécurité croissante ? Le député local, Paul Vannier (LFI), appelle la ministre à répondre « à la hauteur de leur appel », tandis que le maire Georges Mothron (LR) réclame une action immédiate du ministère, jugeant « intolérable » qu’on menace une enseignante en évoquant le nom de Samuel Paty. À ce jour, aucun suspect n’a été identifié. La vigilance, promet la ministre, restera totale. Mais dans les murs du collège, une réalité s’est imposée : l’école, pilier républicain, tangue dangereusement.