« Les Gens de Paris » : une plongée inédite dans le quotidien des années 1930 au musée Carnavalet
« Les Gens de Paris » : une plongée inédite dans le quotidien des années 1930 au musée Carnavalet

À travers Les Gens de Paris, 1926-1936, le musée Carnavalet remonte le temps pour dresser un portrait sensible et inédit de la capitale durant l’entre-deux-guerres. En s’appuyant sur les premiers recensements nominatifs parisiens, l’exposition mêle grande histoire et destins individuels dans un récit dense et incarné.

Des archives inédites pour explorer la population parisienne

Jamais Paris n’a été aussi peuplée qu’au début des années 1930. En 1921, la ville atteint son record avec près de 2,9 millions d’habitants, un chiffre qu’elle n’a jamais retrouvé depuis. Pourtant, ce n’est qu’en 1926 qu’apparaît pour la première fois un recensement nominatif dans la capitale. Ces documents trois au total, réalisés en 1926, 1931 et 1936 sont au cœur de l’exposition du musée Carnavalet.

L’intérêt de ces archives, conservées aux Archives de Paris, réside dans leur richesse : elles consignent les noms, professions, lieux de naissance, adresses et structures familiales de chaque foyer. Grâce à un travail de numérisation appuyé par l’intelligence artificielle, ces données manuscrites ont pu être traitées et analysées pour proposer une cartographie humaine de Paris dans l’entre-deux-guerres. Selon France Télévisions, ces documents ont été exploités dans le cadre du projet scientifique POPP (Projet d’océrisation des recensements de la population parisienne), mené notamment par Sandra Brée, chercheuse au CNRS.

Au fil de l’exposition, une évidence se dégage : Paris, déjà, est une ville-monde. En 1926, seuls 34 % de ses habitants y sont nés. Les autres viennent pour la plupart d’autres régions françaises, principalement du Nord et de l’Est, mais aussi de l’étranger. Plus de 120 nationalités sont représentées, avec une forte présence italienne et polonaise, mais également des migrants venus des colonies et protectorats français.

Itinéraires de vie, pauvreté invisible et mutations urbaines

Si les chiffres racontent l’histoire collective, le musée a tenu à leur donner un visage. « Nous ne voulions pas que l’exposition soit absorbée par le vertige des données », explique Valérie Guillaume, directrice de Carnavalet, citée par Franceinfo Culture. Pour cela, plusieurs trajectoires individuelles sont mises en lumière, comme celle du jeune Charles Aznavour, fils de réfugiés arméniens.

Né en 1924, Charles Aznavourian apparaît dès le recensement de 1926, logé avec ses parents et sa sœur dans une chambre meublée au 36 rue Monsieur-le-Prince, dans le 6e arrondissement. Son père travaille dans un restaurant tenu par son grand-père, sa mère fait de la couture à domicile. En 1936, le petit garçon est déjà inscrit comme « artiste ». Cette histoire, révélée grâce aux données du recensement, permet de visualiser les parcours de nombreux Parisiens issus de l’immigration.

L’exposition n’ignore pas les inégalités profondes qui structurent la capitale de l’époque. À l’ouest, les grands appartements bourgeois avec chambres de bonnes contrastent avec les logements exigus, sans eau ni chauffage, des quartiers populaires de l’est parisien. Mais c’est à la lisière de la ville que la pauvreté atteint son paroxysme : environ 42 000 personnes vivent dans la « Zone », cet espace insalubre autour des anciennes fortifications, dans des baraquements de fortune.

À côté de ces parcours singuliers, des témoignages sonores recueillis dans les années 1990 donnent vie au Paris de l’époque. Une ancienne concierge raconte le rituel de l’allumage du gaz dans les escaliers, un Montmartrois se souvient des chanteurs de rue et de l’absence d’électricité, un élève évoque les leçons de grammaire d’Édouard Bled, son instituteur sur l’île Saint-Louis.

L’exposition se clôt sur les maquettes réalisées pour l’Exposition universelle de 1937, qui illustrent la transformation urbaine de Paris, entre démolition de la Zone et construction des premières HBM (Habitations à bon marché).

Que retenir rapidement ?

À travers Les Gens de Paris, 1926-1936, le musée Carnavalet remonte le temps pour dresser un portrait sensible et inédit de la capitale durant l’entre-deux

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