En 2013, le collège Gérard-Philipe misait tout sur son option cinéma pour préserver la mixité sociale. Mais ce choix de ne pas se classer en REP+ — craignant la stigmatisation — s’est transformé en boulet : l’établissement voit son Indice de position sociale (IPS) tendre vers 70,6, alors que la moyenne nationale des collèges hors REP + se situe autour de 48. Résultat : une moyenne au brevet écrite inférieure à 8, et un chômage scolaire galopant ; près de 40 % des élèves quittent l’établissement sans envisager un parcours général au lycée. Cette situation accentue la charge des enseignants, déjà confrontés à 17 conseils de discipline cette année, dont la moitié ont débouché sur des exclusions. « Nous ne formons plus qu’une élite résiliente », ironise une professeure d’histoire, « le reste est relégué au rang de problème social ».
Entre violence et inégalités, un appel à l’action
Le climat du quartier, où agressions et trafics se succèdent, jette son ombre sur la cour de récréation. « Les gamins arrivent parfois paniqués, après des nuits passées à se barricader chez eux », confie un surveillant, masquant à peine sa lassitude. Sous les banderoles des syndicats SE-Unsa, Snes-FSU, CGT Educ’action, Snuipp-FSU, SUD et Sgen-CFDT, les professeurs exigent désormais un rétro-classement en REP+ « pour bénéficier de moyens humains et financiers renforcés ». L’enjeu est simple : obtenir plus d’enseignants titulaires, des aides spécialisées et des projets culturels compensatoires, sans lesquels les élèves risquent de voir leur avenir pré-formaté par leur adresse postale. « On parle d’émancipation, mais en pratique, c’est un couloir unique vers la précarité », déplore la principale adjointe. Ce lundi 26 mai, grévistes et parents d’élèves espèrent que le ministère franchira enfin le Rubicon et délivrera ce statut REP+ qui, pour beaucoup, oxygénerait l’établissement.