La création d’une réserve stratégique de Bitcoin aux États-Unis constitue une preuve supplémentaire du soutien du président Donald Trump au secteur des cryptomonnaies.
En mars dernier, Trump a signé un décret exécutif pour établir cette réserve, que David Sacks, conseiller de la Maison-Blanche en intelligence artificielle et monnaies numériques, a comparée à un « Fort Knox numérique », en référence à la base militaire américaine où Washington stocke ses lingots d’or.
La plupart des pays du monde détiennent des réserves d’or, ce métal étant considéré comme une valeur refuge permettant de se protéger contre l’instabilité financière, comme les fortes hausses de l’inflation.
Le prix de l’once d’or a dépassé les 3 000 dollars pour la première fois vendredi, les investisseurs se ruant vers ce métal, considéré comme une valeur refuge face à l’incertitude provoquée par les droits de douane imposés par Trump sur divers produits.
Les réserves d’or peuvent également aider à stabiliser les monnaies locales, les lingots étant souvent utilisés comme garantie pour des prêts et des transactions financières.
Comment fonctionnera la réserve de Bitcoin ?
Elle sera financée par environ 200 000 bitcoins, d’une valeur totale estimée à 17 milliards de dollars, ayant été saisis aux États-Unis dans le cadre d’affaires civiles et pénales.
Cette réserve sera garantie pour une durée indéterminée. Il pourra y être ajouté davantage de bitcoins, tant que cela n’engendre aucun coût pour les contribuables américains.
Un soutien limité
Le prix du Bitcoin a initialement chuté après la signature du décret exécutif de Trump, mais il s’est stabilisé depuis.
Les analystes attribuent ce faible soutien au fait qu’aucun achat massif de Bitcoin n’a été réalisé immédiatement.
Desislava Aubert, analyste chez Kaiko, une société spécialisée dans les données sur les cryptomonnaies, a déclaré à l’AFP que les États-Unis étaient juridiquement tenus de restituer les bitcoins à toutes les victimes identifiées de piratages.
Elle a également précisé qu’une grande partie des bitcoins détenus par les États-Unis – estimée à 198 000 tokens – devrait être rendue aux victimes du piratage de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Bitfinex en 2016.
Les observateurs du secteur attendent aussi de savoir si d’autres tokens numériques pourraient être ajoutés à la réserve, une possibilité laissée ouverte par le décret exécutif.
Une imitation des réserves d’or ?
Les critiques de cette réserve de Bitcoin estiment que les cryptomonnaies, contrairement à l’or, sont des actifs risqués, sans valeur intrinsèque.
Cependant, David Sacks pense que le stockage du Bitcoin sur le long terme protégera le gouvernement des fortes fluctuations à court terme de la cryptomonnaie.
De son côté, Stéphane Ifrah, directeur des investissements chez Coinhouse, souligne que, tout comme l’or, le Bitcoin peut tirer avantage de sa rareté, sa quantité étant limitée à 21 millions de tokens.
L’un des avantages de cette réserve de Bitcoin est sa transparence, puisque le niveau des cryptomonnaies détenues sera consultable en permanence, contrairement à la quantité d’or stockée dans Fort Knox.
Ifrah ajoute : « Nous considérons la réserve de Bitcoin comme l’un des actifs rares les plus adaptés au monde d’aujourd’hui. »
La critique Molly White, figure influente du secteur des cryptomonnaies, estime que « la véritable raison » de cette réserve est « d’attirer l’attention sur le secteur des cryptomonnaies », ce qui pourrait profiter financièrement aux investisseurs.
Trump est accusé par certains de conflit d’intérêts, après avoir promis avant son élection de faire des États-Unis la « capitale mondiale du Bitcoin et des cryptomonnaies ».
Selon le Financial Times, Trump aurait généré 350 millions de dollars grâce au lancement d’une cryptomonnaie à son nom, coïncidant avec son investiture.
De son côté, le Wall Street Journal rapporte que la famille Trump aurait envisagé d’acquérir une participation dans Binance, ce que le fondateur de la plateforme de cryptomonnaies a nié.
Les plans des autres pays
Le Brésil envisage également de créer une réserve de cryptomonnaies, tandis que la Banque centrale suisse a récemment écarté cette idée.
Des gouvernements du monde entier participent à des activités liées aux cryptomonnaies, notamment en revendant des actifs numériques saisis lors de procédures judiciaires, comme l’a fait l’Allemagne l’année dernière avec 50 000 bitcoins.
Le Salvador avait adopté le bitcoin comme monnaie officielle, mais a fait marche arrière cette année, faute d’adhésion de la population.
Enfin, le Bhoutan détient environ 900 millions de dollars en Bitcoin, soit près de 30 % du PIB du pays.