Alors que les tensions commerciales entre Bruxelles et Washington s’intensifient, l’industrie aérospatiale se retrouve en première ligne d’une possible escalade tarifaire. L’Union européenne prévoit d’annoncer jeudi une série de contre-mesures visant les importations américaines, dont les avions civils produits par Boeing, en réponse aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur les produits européens, y compris les appareils d’Airbus.
Selon le Financial Times, les mesures européennes concerneraient jusqu’à 100 milliards de dollars d’importations américaines, marquant une nouvelle étape dans la rivalité commerciale transatlantique. Il s’agirait de la première imposition mutuelle de droits de douane sur les avions de ligne depuis la trêve conclue en 2021, à l’issue du différend opposant Boeing et Airbus devant l’Organisation mondiale du commerce.
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a confirmé mercredi à Singapour que les détails de ces contre-mesures seraient dévoilés si les discussions avec Washington n’aboutissaient pas. Il a précisé que l’UE entend défendre des conditions de concurrence équitables pour ses industries.
La situation fait suite à l’imposition par les États-Unis de droits de douane de 10 % sur les avions européens, dans le cadre d’une politique plus large incluant des taxes de 25 % sur l’acier, l’aluminium et les automobiles de l’UE. Ce taux pourrait grimper à 20 % après l’expiration, le 8 juillet, d’une trêve de 90 jours décidée par l’administration Trump.
Face à ce climat d’incertitude, les grands acteurs du secteur aéronautique plaident pour un retour à un commerce libre et exempt de droits. Airbus et Boeing, historiquement rivaux, parlent aujourd’hui d’une seule voix. Guillaume Faury, PDG d’Airbus, a récemment appelé au rétablissement d’un système de libre-échange, rappelant que le précédent conflit tarifaire n’avait fait que des perdants. De son côté, le PDG de Boeing, Kelly Ortberg, a déclaré devant le Congrès américain que son entreprise restait favorable à une exonération tarifaire totale.
Les compagnies aériennes, elles aussi, expriment leurs inquiétudes. Ryanair a menacé d’annuler ses commandes de Boeing si des taxes douanières venaient à alourdir les prix des appareils. Mais le marché étant tendu — Airbus affiche complet pour plusieurs années —, les transporteurs pourraient avoir peu de marge de manœuvre pour reconfigurer leurs achats.
Delta Air Lines, qui importe des avions construits en Europe, a déjà annoncé qu’elle envisagerait de reporter les livraisons si la guerre commerciale se poursuivait.
Alors que l’aviation civile représente une industrie mondiale de plus de 150 milliards de dollars, une rupture durable du régime de libre-échange instauré par l’accord international de 1979 sur les aéronefs pourrait bouleverser profondément la chaîne d’approvisionnement et les relations transatlantiques dans le secteur.