Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les protections fédérales en matière de logement pour les personnes transgenres connaissent un démantèlement accéléré. En ligne de mire : les règles du Département du Logement et du Développement urbain (HUD) qui, depuis l’administration Obama, garantissaient un accès équitable au logement aux personnes LGBTQ+, notamment via l’Equal Access Rule.
L’un des cas les plus emblématiques est celui de Tazz Webster, un homme transgenre de 38 ans résidant à Saint-Louis, dans le Missouri. Vivant dans un logement subventionné pour personnes handicapées, il dit avoir subi des mois de harcèlement verbal et physique de la part du gestionnaire de l’immeuble. En mars 2022, après une altercation, il est mis à la porte sans notification d’expulsion officielle. Quatre mois plus tard, il est sans abri. Il dépose une plainte auprès du HUD, mais après plus de deux ans d’enquête, l’affaire est brusquement classée sans suite en février 2025 — un mois après que Trump ait nommé Scott Turner à la tête du ministère.
Turner a annoncé peu après l’arrêt de l’application de l’Equal Access Rule, affirmant vouloir « remettre Dieu au cœur des politiques publiques » et dénonçant les « idéologies de genre de la gauche radicale ». Depuis, des dizaines de plaintes déposées par des personnes trans ont été fermées, invoquant un manque de compétence juridique et le nouvel ordre exécutif de Trump, qui redéfinit le sexe comme exclusivement masculin ou féminin.
Un autre cas à Saint-Louis illustre l’impact concret de cette politique. Bea Gonzalez, un homme trans victime de violences domestiques, a été expulsé avec ses trois enfants d’un refuge pour femmes dès qu’il a révélé son identité de genre. Après avoir erré dans six abris pendant plus d’un an, il a enfin trouvé un logement stable, mais reste marqué par ce rejet. Le HUD a également clos son dossier sans suite en mars.
Les associations s’alarment. Des abris sont contraints de modifier leur communication pour éviter de paraître comme « promouvant l’idéologie de genre », et certains organismes cessent carrément de prendre des financements fédéraux pour continuer à accueillir les personnes trans. À Memphis, My Sistah’s House, qui ne dépend pas des subventions gouvernementales, se prépare à accueillir davantage de réfugié·es trans laissé·es sans solution.
Selon un sondage de 2015, près de 70 % des personnes trans ayant fréquenté un refuge ont été victimes de harcèlement ou d’expulsion à cause de leur identité. Pour Ann Olivia, directrice de la National Alliance to End Homelessness, la tendance actuelle menace directement la sécurité des plus vulnérables : « Si les gens ne se sentent pas respectés, ils ne viendront tout simplement pas. »