Pérou : le rejet d’une réserve amazonienne pour protéger des tribus isolées provoque la colère des communautés autochtones @flickr
Pérou : le rejet d’une réserve amazonienne pour protéger des tribus isolées provoque la colère des communautés autochtones @flickr

Le Congrès péruvien a rejeté vendredi un projet visant à créer une réserve amazonienne destinée à protéger plusieurs peuples autochtones vivant en isolement volontaire à la frontière avec le Brésil. Cette décision, dénoncée comme une trahison par les organisations indigènes, fragilise un plan en discussion depuis plus de vingt ans malgré les obligations légales du pays.

La réserve proposée, baptisée Yavarí Mirim, devait couvrir 1,17 million d’hectares, soit une superficie équivalente à celle de la Jamaïque, et protéger cinq tribus non contactées : les Matses, Matis, Korubo, Kulina-Pano et Flecheiro. Ces communautés, particulièrement vulnérables aux maladies et aux pressions extérieures, font face à une intensification de l’exploitation illégale de bois, du trafic de drogue et des activités minières ou pétrolières.

« Cette décision montre le visage anti-indigène de l’État au XXIᵉ siècle », a déclaré Francisco Hernández Cayetano, président de la Fédération des communautés Ticuna et Yagua. Selon lui, sans les peuples autochtones, « l’Amazonie et ses affluents auraient déjà été anéantis ».

Les défenseurs du projet dénoncent un choix dicté par les intérêts économiques. Des concessionnaires forestiers et des groupes d’affaires régionaux de Loreto, la plus grande région amazonienne du Pérou, ont fait pression contre la création de la réserve, arguant qu’elle entraverait le développement et l’accès à des ressources naturelles précieuses. Certains élus ont également contesté l’existence même de peuples isolés dans la zone.

« C’est une violation concrète des droits de ces peuples », a estimé Julio Cusurichi, responsable du programme sur les peuples en isolement et premier contact au sein de la fédération AIDESEP. Il accuse le gouvernement de céder aux intérêts extractifs « plutôt que de défendre la survie de frères et sœurs hautement vulnérables ».

Cette décision intervient alors qu’une réforme de la loi péruvienne sur les peuples en isolement est en cours, donnant davantage de pouvoir au Parlement pour réviser ou supprimer les réserves. Les organisations indigènes redoutent que cela n’affaiblisse encore davantage les protections déjà fragiles, au détriment des droits fondamentaux des communautés isolées de l’Amazonie.

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