SIMOJOVEL, Mexique — Lors d’un office récent dans la communauté montagneuse de Simojovel, au Chiapas, les symboles catholiques et mayas se mêlaient autour de l’autel. Le diacre Juan Pérez Gómez, accompagné de son épouse, lisait l’évangile en tsotsil — sa langue natale — et rappelait les enseignements du pape François : défendre les droits humains, la justice et la Terre Mère.
Cette scène, au cœur de l’un des États les plus pauvres du Mexique, illustre l’héritage laissé par le premier pontife latino-américain, et ce que les fidèles autochtones redoutent de perdre après sa mort : leur voix nouvellement reconnue au sein d’une Église qui, autrefois, remettait en question l’âme des peuples indigènes tout en accompagnant la colonisation de l’Amérique et de l’Afrique.
« Nous prions pour que le travail que François a accompli pour nous ne soit pas vain », a déclaré Pérez Gómez à sa congrégation. « Nous demandons un nouveau pape qui pense comme lui. »
Le pape François, jésuite argentin, s’est démarqué par son approche inclusive envers les peuples autochtones, demandant pardon pour les crimes de l’Église coloniale et autorisant l’intégration d’éléments culturels autochtones dans la liturgie. Pour des millions de fidèles issus de ces communautés, il a incarné un tournant historique.
En Bolivie, au cœur de l’Amazonie, Marcial Fabricano, leader mojeño, se souvient avoir pleuré lors de la visite de François en 2015, bouleversé par ses excuses au nom de l’Église. En Colombie, la militante Anitalia Pijachi Kuyuendo, du peuple Okaira-Muina Murui, voit en lui « un grand allié » des communautés oubliées.
Au Chiapas, le renouveau de l’institution des diacres, suspendue en 2002 et relancée par François en 2014, a permis à Pérez Gómez d’être ordonné en 2022, après vingt ans d’attente. À ses yeux, le pape jésuite a suivi les pas de l’évêque Samuel Ruiz, défenseur emblématique des peuples indigènes mexicains.
La visite historique de François en 2016 a aussi marqué les esprits : il a autorisé l’usage des langues mayas durant la messe, la participation des femmes à l’autel, et a cité le rite congolais du Zaïre pour défendre une Église respectueuse des cultures locales.
Pour Arturo Lomelí, anthropologue social, cette reconnaissance du pluralisme rituel reflète une volonté d’« écoute profonde » de l’Église. Elle marque un abandon du regard paternaliste envers les peuples autochtones, longtemps considérés comme objets de conversion plutôt que sujets de foi.
À l’heure où les cardinaux s’apprêtent à désigner un nouveau pape, Juan Pérez Gómez et son épouse espèrent que leur Église poursuivra sur cette voie. « Nous ne sommes plus des objets, mais des personnes à part entière », dit-il, en rendant hommage à « jtatik Samuel » et « jtatik François », ces figures paternelles de la foi et de la dignité retrouvée.