Dix ans après la publication d’un rapport historique sur les crimes contre l’humanité en Corée du Nord, un enquêteur des Nations unies alerte sur la persistance des violations massives des droits fondamentaux dans le pays. Dans un nouveau rapport publié jeudi, l’envoyé spécial de l’ONU pour les droits de l’homme en Corée du Nord, Elizabeth Salmón, dénonce l’absence de progrès significatif et une situation qui, à certains égards, s’est même détériorée.
La Corée du Nord reste l’un des régimes les plus répressifs au monde, affirme le rapport, citant des actes de torture, des exécutions sommaires, la détention arbitraire de dizaines de milliers de personnes dans des camps de prisonniers politiques, ainsi qu’un contrôle strict de l’information et des déplacements. « Les souffrances de la population nord-coréenne sont aggravées par l’impunité absolue dont jouit le régime », a déclaré Salmón lors d’une conférence de presse à Genève.
Le rapport s’inscrit dans le prolongement des travaux de la Commission d’enquête des Nations unies sur les droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC), qui en 2014 avait conclu que les violations observées s’apparentaient à des crimes contre l’humanité. À l’époque, la communauté internationale avait promis d’agir, mais peu de mesures concrètes ont été prises depuis, en partie à cause des blocages au Conseil de sécurité, où la Chine et la Russie soutiennent Pyongyang.
Depuis la pandémie de Covid-19, les conditions de vie en Corée du Nord se sont encore aggravées, le pays ayant fermé ses frontières et réduit drastiquement les échanges avec l’extérieur. Cette isolation accrue a rendu encore plus difficile l’accès à l’information et la surveillance internationale. Le rapport évoque également une insécurité alimentaire persistante et une situation économique critique pour une grande partie de la population.
L’envoyée spéciale de l’ONU appelle à une approche plus résolue de la part de la communauté internationale, notamment par le biais de mécanismes de responsabilité, d’un soutien accru aux victimes et d’un dialogue renforcé avec les parties concernées, y compris la Corée du Sud et les acteurs régionaux. Elle insiste sur le fait que la sécurité régionale ne doit pas éclipser les souffrances du peuple nord-coréen : « La paix ne peut être durable si elle se construit sur les violations des droits humains. »