142 Européens poursuivis pour avoir tendu la main aux migrants
142 Européens poursuivis pour avoir tendu la main aux migrants

Ils pilotent des canots de secours, distribuent des gobelets d’eau et prêtent des vestes chauffantes ; en retour, les tribunaux les convoquent. En 2024, au moins 142 personnes – marins, bénévoles, riverains – ont été mises en examen ou placées sous enquête dans huit pays européens pour la simple raison d’avoir porté assistance à des exilés, révèle l’ONG Picum. Plus de quatre-vingts sont visées pour avoir accueilli des naufragés en Méditerranée, une vingtaine pour avoir offert nourriture ou vêtements le long des routes migratoires, le reste pour avoir ouvert leur voiture ou leur salon à ceux qui franchissent les frontières à pied. Depuis quatre ans, la statistique grimpe sans pause ; la défense des droits humains devient, elle aussi, un fait punissable.

Frontières vérolées, solidarité criminalisée

Du Bassin d’Arcachon à la forêt biélorusse, l’ONG passe en revue des dossiers ubuesques : sept bénévoles basques attendent un procès en octobre pour avoir caché trente-six sans-papiers dans les coulisses d’une course cycliste ; en Pologne, cinq humanitaires risquent la détention pour avoir déposé des thermos et des couvertures près de la ligne de barbelés qui sépare Varsovie de Minsk. À Malte, en Grèce, à Chypre, ce sont les équipages civils qui écopent – détournement d’embarcation, complicité de trafic, autant d’intitulés qui transforment un sauvetage en délit.

Vers un délit universel d’entraide ?

Picum parle de « criminalisation de la solidarité », symptôme d’une Europe qui verrouille ses marges au point de suspecter quiconque tend la main. Dans le sillage des législations anti-passeurs, aider devient participer ; transporter un naufragé, c’est déjà l’avoir fait entrer. L’ONG alerte : si la tendance se poursuit, l’hospitalité risque de finir au code pénal, et la mer, comme la montagne, sera livrée aux seuls courants – qu’ils transportent des corps ou des condamnations.

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