« Unspoken » réalisé par Damien Walsh Howling, a remporté le prix du meilleur court-métrage lors du dernier festival du court métrage de Clermont-Ferrand. Le film évoque une période marquée par des tensions sociales et politiques en Australie à la fin des années 1970 et met en lumière les pressions exercées sur les communautés immigrées, en particulier la communauté croate. Cette dernière s’est retrouvée au cœur d’une crise suite à l’accusation de six Australiens d’origine croate d’avoir planifié des actes terroristes visant des intérêts serbes à Sydney. Bien que condamnés, il a ensuite été révélé que les preuves utilisées contre eux avaient été fabriquées par la police.
Le réalisateur revient sur ces événements historiques plus de quarante ans après, alors que l’affaire reste encore d’actualité dans les tribunaux australiens. En effet, un juge de la Cour suprême a récemment décidé de rouvrir l’enquête sur les condamnations, à la suite de doutes émis sur la crédibilité des principaux témoins. Le film apparaît ainsi comme une tentative de réhabilitation des victimes d’une injustice judiciaire. Ce n’est donc pas une simple relecture politique d’une affaire oubliée, mais bien un appel à la justice par le biais du cinéma. Damien Walsh Howling cherche à donner la parole à ceux qui n’ont pas été entendus, même si le système judiciaire a échoué à le faire.
Le récit commence par la présentation de Marina (interprétée par Kat Dominis), une jeune femme croate issue d’une famille traditionnelle. Elle cherche à fuir l’emprise de son père autoritaire et fait la connaissance de Tom (Matthew Alexander), un jeune Australien. Dans une scène centrale, Tom l’emmène chez sa famille, où un conflit éclate entre Marina et le père de Tom, exprimant ses opinions tranchées sur la situation politique du pays. Ce choc met en évidence les tensions sociales entre Australiens de souche et migrants, et les difficultés rencontrées par ces derniers pour construire une identité dans une société qui leur est parfois hostile.
De retour chez elle, Marina découvre que son frère a été blessé lors d’une manifestation. Il a besoin de soins médicaux urgents, mais la famille craint qu’il devienne la cible d’une enquête policière s’il se rend à l’hôpital. La violence politique, jusque-là cantonnée à l’espace public, s’infiltre alors dans l’intimité familiale, rendant le conflit plus personnel.
Cette évolution du récit montre comment les événements politiques affectent profondément les individus et peuvent créer des divisions au sein même des familles. À travers ce prisme, le film explore les dynamiques complexes que vivent les communautés immigrées en temps de crise, et la manière dont les conflits politiques s’introduisent dans les sphères privées, menaçant l’équilibre psychologique et familial. Chaque individu devient alors un acteur de ce combat, même s’il tente d’y échapper.
Cependant, l’articulation entre les dimensions émotionnelle et politique du film manque parfois de cohérence ou de développement. Ce contraste laisse le spectateur avec une impression d’inachèvement. Certains éléments narratifs semblent exagérés et prennent un caractère presque irréel faute de contexte suffisant.
Un exemple frappant est la scène où la police fait irruption au domicile de Marina pour arrêter son frère blessé. Le réalisateur choisit de filmer ce moment en ralenti, terminant le film par un gros plan sur le visage de Marina, comme il avait commencé avec une scène de son visage sous la douche. Cette fin fermée soulève de nombreuses questions : que s’est-il passé avant le début du film ? Que se passe-t-il après ? Certains films ne peuvent se permettre une ellipse ou une coupure brutale, et Tus à tortfait partie de ceux qui appellent à une explication plus complète. Ce dénouement énigmatique laisse le spectateur dans une forme de confusion, née de l’impression que le film n’a pas livré toute son histoire.