Trois sculptures du site archéologique de Sumharam en Oman
Trois sculptures du site archéologique de Sumharam en Oman

Un groupe de braseros en pierre de formes variées a été trouvé sur le site archéologique de Sumharam, à Oman. Le plus célèbre de ces braseros est celui qui orne une face avec une sculpture en relief, caractérisée par une grande finesse dans son artisanat. Ce brasero est exposé au « Musée de la Terre de l’Encens » à Salalah, une ville de la gouvernorat de Dhofar, où il est accompagné de deux sculptures en pierre également découvertes à Sumharam.

Le site de Sumharam se trouve à Khor Rori, situé sur la bande côtière entre les gouvernorats de Taqah et de Mirbat. Il a été établi que ce site était une colonie de type hadrami, abritant l’un des ports les plus importants du sud-est de la péninsule arabique, qui a joué un rôle majeur dans le commerce international de l’encens, pendant une longue période allant de la fin du IIIe siècle avant J.-C. au Vè siècle après J.-C. Les explorations de ce site ont commencé au milieu du siècle dernier, et une mission italienne de l’Université de Pise poursuit les travaux de fouille et de prospection depuis 1997. Ces fouilles ont révélé un grand nombre de braseros, dont un qui se distingue par sa valeur sculpturale exceptionnelle, provenant d’un petit temple découvert lors d’une campagne de fouilles entre 2008 et 2010.

Ce brasero mesure 33 centimètres de long, et se compose d’une base pyramidale dépourvue de toute décoration, surmontée d’un large cube dont la face présente une sculpture représentant trois éléments animaux parallèles. Le centre de la surface de ce cube présente un bassin circulaire d’environ 3 centimètres de profondeur, servant à contenir les braises, l’encens et d’autres types de parfums et de fumées. Le motif sculpté est en relief, et la forte saillie de la sculpture accentue l’aspect artistique. La scène représente un lion dans une position frontale, entouré de deux bouquetins dans une position latérale. Le lion est représenté debout, bien droit sur ses deux pattes avant, et sa tête ronde repose sur ces deux colonnes. Son visage est représenté au centre du cercle, la gueule grande ouverte comme s’il rugissait dans une immobilité totale.

Le lion est entouré d’une crinière large composée de mèches de poils parallèles et dressées. Au-dessus de cette crinière, une large fente sépare deux mèches plus larges qui se situent au-dessus du front. Les yeux sont ovales, avec un petit trou circulaire représentant la pupille. Les oreilles sont grandes et rondes, encadrées par des bords saillants. Le nez est large et aplati, avec de grandes ouvertures ovales. La bouche est vide, ne montrant qu’une large mâchoire avec deux grandes dents pointues. Les pattes du lion sont définies, massives et se composent de trois couches parallèles de blocs empilés.

Le lion est placé entre deux bouquetins opposés, les dos se faisant face. Chacun de ces bouquetins tourne la tête en arrière, comme s’ils fixaient le lion au centre. Les proportions anatomiques sont équilibrées et les éléments sculpturaux se complètent harmonieusement. Chaque bouquetin est sur ses quatre pattes, dont les articulations sont finement détaillées, et sa tête porte des cornes courbées décorées d’une série d’unités rectangulaires. Les traits du visage sont simplifiés, constitués d’un creux pour les yeux et d’une fente pour la bouche. Cette image des bouquetins suit un modèle bien connu dans le sud de la péninsule arabique, avec de nombreux exemples sculptés et gravés. En revanche, l’image du lion se distingue de tous les autres motifs représentant cet animal, créant une œuvre unique.

Cette œuvre est exposée au « Musée de la Terre de l’Encens » à Salalah, entre deux sculptures en calcaire qui se caractérisent par une grande originalité dans leur composition artistique et proviennent également de Sumharam. À droite du brasero, on peut voir un visage humain qui faisait probablement partie d’une grande statue. Les yeux sont grands, ouverts et fixés, avec une pupille ronde en son centre. Le nez est court, endommagé, et il reste trop fragmenté pour en déterminer la forme exacte. La bouche est large, avec une longue fente au centre séparant les lèvres pleines, dont les contours sont noyés dans le bloc de calcaire. À gauche du brasero, un lion est représenté, mais il a perdu ses quatre membres et la majeure partie de son visage, ne restant qu’avec un nez saillant et une bouche ouverte, bordée de joues creuses.

Ces pièces témoignent d’une tradition sculpturale perdue, dont les traces semblent avoir disparu, car rien de similaire ne se retrouve dans l’héritage artistique de Sumharam et de ses nombreuses branches. En revanche, cette tradition reflète l’influence de l’art du sud de la péninsule arabique, qui a marqué une grande partie de cet héritage découvert lors des fouilles et des prospections menées depuis sept décennies.

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