« Stellar » : une pièce dystopique à Avignon qui met l’amour à l’épreuve de la réalité virtuelle Crédits:Charlotte Brard
« Stellar » : une pièce dystopique à Avignon qui met l’amour à l’épreuve de la réalité virtuelle Crédits:Charlotte Brard

Avec Stellar, la compagnie L’Œuf ou l’Humain ose un pari audacieux et original : transposer une dystopie technologique sur scène, à l’image de Tron ou Hunger Games. Stellar est un jeu de réalité virtuelle conçu par le génial et inquiétant Kaizen. L’humanité y trouve refuge pour échapper à un monde ravagé par le chaos écologique et les guerres. Nous suivons, le temps de la pièce, les péripéties d’une jeune femme, Nina, qui tente d’échapper au destin virtuel de l’humanité. Nous plongeons avec elle dans cette fable futuriste maîtrisée avec beaucoup de sensibilité.

L’amour défié par la réalité virtuelle

L’histoire suit Nina, militante écologiste, qui entre dans l’univers de Stellar pour retrouver Léo, son compagnon, plongé depuis trois mois dans le monde numérique. Le milliardaire Kaizen a en effet créé un jeu virtuel révolutionnaire, accessible via un casque qui, une fois enfilé, plonge l’utilisateur dans un état de semi-conscience. Grâce à un système de perfusion, le joueur peut survivre dans le monde virtuel sans jamais se réveiller. Kaizen invente ainsi une technologie capable d’endormir la terre entière et de l’envoyer vivre dans un monde entièrement numérique.

Nina, dont le fiancé a été happé par cette technologie, part en croisade pour le récupérer. Mais la justice reste sourde à sa plainte. Elle n’a d’autre choix que de le rejoindre elle-même dans le jeu.

Une réflexion sur le sens de la vie

Ce qui commence comme une mission de sauvetage se transforme en quête intime : Nina découvre que Léo ne veut plus revenir. Le récit glisse alors du thriller d’anticipation à une exploration déchirante de l’amour, du consentement et de la solitude. Nina devra apprendre à accepter ce départ, et à reconnaître ce qu’elle ne voulait pas voir : le mal-être profond de celui qu’elle aimait.

Pauline Auriol incarne Nina avec une intensité désarmante. Sa présence naturelle, son jeu fluide, sa capacité à faire sentir les dilemmes intérieurs rendent le personnage profondément attachant. Son duo avec Léo, joué par Hugo Brard, évolue avec finesse, entre tendresse, rupture et résignation. Quant à Kaizen, interprété par le très bon Axel Alcala, auteur de la pièce, ce démiurge des temps futurs, aussi fascinant que dérangeant, s’impose comme la figure centrale du monde virtuel.

Un pari audacieux, brillamment relevé

Digne d’un Tron ou d’un Hunger Games, le dispositif scénique impressionne : podium circulaire lumineux, casques futuristes, lunettes de réalité virtuelle, bande-son immersive… Chaque niveau du jeu Stellar est évoqué avec clarté et créativité, sans jamais recourir à des explications appuyées. Tout est lisible, fluide et même poétique.

Stellar parle du monde de demain avec finesse. C’est un spectacle de science-fiction, mais aussi un récit d’amour, une méditation sur la fuite, le deuil et le libre arbitre. Derrière l’inventivité visuelle, se cache une profonde tendresse, une humanité palpable.

Un spectacle à ne pas manquer au Théâtre du Tremplin à 21h, jusqu’au 26 juillet à Avignon. La compagnie, déjà remarquable avec Huis Clos au Théâtre Laurette à Avignon, confirme ici sa spécialité : faire vibrer le réel à travers les mondes imaginaires.

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