Sarah Maldoror, une caméra en lutte : rétrospective au Centre Pompidou
Sarah Maldoror

Le Centre Pompidou rend hommage à la cinéaste Sarah Maldoror, du 3 au 7 avril 2025, à travers une rétrospective exceptionnelle. Organisée en résonance avec l’exposition Paris noir, cette programmation propose dix-sept films — dont huit restaurés — ainsi que des rencontres et lectures, pour redécouvrir l’œuvre dense, poétique et engagée d’une pionnière du cinéma décolonial.

Une œuvre inséparable de l’histoire noire et des luttes du XXe siècle

Née Marguerite Sarah Ducados en 1929, Sarah Maldoror a traversé le siècle comme une figure de résistance artistique. D’origine guadeloupéenne et gersoise, elle s’invente un nom en hommage au Chant de Maldoror de Lautréamont, affirmant ainsi une identité choisie, entre révolte et poésie. Elle fonde à Paris en 1956 la troupe Les Griots, première compagnie théâtrale noire en France, avant d’étudier le cinéma à Moscou et de réaliser son premier court métrage Monangambée à Alger en 1969.

Sa trajectoire épouse les grands mouvements de pensée du XXe siècle : la négritude, le panafricanisme, le féminisme, le communisme. Mais c’est surtout avec Sambizanga (1972), fiction puissante sur la guerre d’indépendance angolaise, qu’elle marque durablement l’histoire du cinéma africain — première fiction réalisée par une femme noire sur le continent. “J’ai voulu montrer les difficultés de la vie quotidienne, c’est ce que j’appelle un film politique”, déclarait-elle dans une interview, citée par France Télévisions. Son travail, toujours habité par la poésie, l’engagement et l’urgence de transmettre, a aussi donné lieu à de nombreux portraits d’artistes majeurs, dont Aimé Césaire, à qui elle consacra cinq films.

Héritage vivant et films à retrouver

La rétrospective du Centre Pompidou s’inscrit dans une série d’initiatives pour redonner à Maldoror la place qu’elle mérite : publication d’un numéro spécial de L’Avant-Scène Cinéma, restauration de plusieurs œuvres, édition d’un coffret par Carlotta Films, et futures rétrospectives prévues à New York et São Paulo. Sa fille, Annouchka de Andrade, poursuit avec ténacité la sauvegarde et la valorisation de cet héritage, à la fois reconnu et encore partiellement à redécouvrir. Cinq films restent à localiser, dont certains réalisés à Paris, Alger ou Cuba.

“Elle avait toujours deux films d’avance dans sa tête”, raconte Annouchka à franceinfo Culture, évoquant une artiste aussi prolifique qu’inorganisée, plus soucieuse de créer que d’archiver. Figure inclassable, Sarah Maldoror continue d’inspirer par la modernité de son regard, son audace formelle, et la radicalité joyeuse de sa caméra. “Les femmes africaines doivent être partout”, affirmait-elle en 1995 dans Écrans d’Afrique. Aujourd’hui, cette rétrospective lui donne enfin toute la lumière qu’elle a toujours su brandir, au nom de toutes les voix trop longtemps tues.

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