Julien Magnani replonge le lecteur dans un New York de la Grande Dépression avec Manhattan Driver, roman graphique annoncé pour le 16 janvier 2026. Son héros, Johnnie, ancien as du volant brisé par un drame familial, réapparaît dans une ville dure et fantasmatique, où chaque rencontre semble écrite comme une scène de cinéma. L’album joue clairement avec les mythes américains, jusqu’à frôler parfois l’invraisemblable, mais revendique cette ampleur mélodramatique comme moteur de récit.
Une quête intime sur fond d’Amérique “filmée”
Johnnie survit d’abord comme il peut, avant qu’une restauratrice ne lui tende la main en lui confiant un petit boulot en cuisine. Sa trajectoire bascule quand il croise O’Hara, patron charismatique qui l’embauche comme chauffeur dans sa compagnie de taxis. Au fil des courses, il se construit une famille de fortune autour d’une bande de cabossés : Stumpie le mécano, Colorado le frimeur, Joey la mystérieuse, et Doc’ la figure plus sage. Dans le même temps, Johnnie poursuit une obsession : retrouver son père biologique, présenté comme “Master Ford”, puissant industriel, ressort mélodramatique central qui organise le suspense et la filiation.
Pastel gras, clichés revendiqués et dispositif cinéphile
L’album assume une Amérique recomposée par le cinéma, avec une narration nourrie de références allant du film noir au “mystery movie”. Cette dimension est au cœur des échanges dans Les Midis de Culture : Lucie Servin y décrit un récit qui semble d’abord tourner à la parodie tant il “recycle les codes du cinéma américain”, avant de gagner en densité grâce à un ancrage plus humain et documentaire ; Catherine Robin, elle, souligne l’efficacité d’un dessin au pastel gras, radical et immersif, qui donne à New York un aspect presque forain sans sacrifier la lisibilité. Toujours selon l’émission, des planches originales seront exposées au cinéma Le Brady à Paris jusqu’au 28 février 2026, avec une programmation de films en écho à l’univers de l’album.