Avec L’Abîme de l’oubli, Paco Roca et Rodrigo Terrasa offrent un récit bouleversant sur la quête de vérité d’une femme déterminée à exhumer l’histoire que l’Espagne tente encore de taire. Ce roman graphique, à la croisée du journalisme et de la bande dessinée, revient sur les atrocités commises sous le régime franquiste et le combat de ceux qui refusent l’oubli.
L’ouvrage s’ouvre sur une scène brutale : l’exécution de prisonniers républicains par des soldats franquistes en 1940. Parmi eux, José Celda, paysan et père de famille, fusillé à Paterna, près de Valence, avant d’être jeté dans une fosse commune. Pendant 70 ans, son histoire et celle de milliers d’autres victimes sont restées enfouies, jusqu’à ce que sa fille, Pepica Celda, décide de retrouver ses restes et de lui offrir une sépulture digne. Son combat pour la mémoire est le fil conducteur du récit, mêlant archives, témoignages et enquête journalistique.
À travers ce parcours personnel, L’Abîme de l’oubli aborde un pan sombre de l’histoire espagnole, marqué par la répression et le silence imposé sous la dictature. Les fosses communes, au nombre de près de 800 dans tout le pays, témoignent encore aujourd’hui du massacre de 134 000 opposants politiques. Pourtant, la transition démocratique espagnole a longtemps fait le choix de l’amnésie, empêchant les familles de faire leur deuil.
Le roman graphique ne se contente pas de relater les faits : il plonge le lecteur dans une Espagne tiraillée entre le besoin de justice et la crainte de rouvrir les plaies du passé. À travers un dessin sobre et expressif, Paco Roca illustre l’ampleur du traumatisme, tandis que le texte de Rodrigo Terrasa apporte un éclairage précis et documenté sur les exhumations et les luttes mémorielles.
Plus qu’un hommage, L’Abîme de l’oubli est un acte de résistance face à l’oubli. En mettant en lumière l’histoire de Pepica Celda et de tant d’autres familles en quête de vérité, cette œuvre résonne comme un cri contre l’effacement et rappelle que la mémoire est un devoir collectif.