“La Jeune femme à l’aiguille”: un conte noir mis en scène dans le Copenhague de l’après-guerre
La Jeune femme à l’aiguille

Présenté en compétition au Festival de Cannes 2024, La Jeune femme à l’aiguille n’a pas décroché de prix, mais il n’en demeure pas moins l’un des films les plus marquants de l’année écoulée. Réalisé par le cinéaste suédois Magnus von Horn, ce drame historique fascine autant par la maîtrise de sa mise en scène que par la noirceur de son récit. Avec ce troisième long-métrage, le réalisateur de Sweat et Le Lendemain confirme sa capacité à sonder les zones grises de l’âme humaine.

Une mise en scène à la fois sobre et hantée

Tourné en format 4:3 et en noir et blanc, le film nous plonge dans le Copenhague de 1918, encore traumatisé par la guerre. Le choix de l’ascèse visuelle évoque les débuts du cinéma, avec de nombreuses références – explicites ou discrètes – aux frères Lumière ou au cinéma expressionniste. Chaque plan est composé comme une gravure, mais jamais au détriment de la tension dramatique. Le travail du chef opérateur Michał Dymek confère au film une texture visuelle riche, presque tactile, où l’obscurité pèse autant que les silences.

Dans ce décor, le parcours de Karoline (formidable Victoria Carmen Sonne) est celui d’une lente descente dans l’enfer des conventions sociales, des tabous et des manipulations. Ouvrière abandonnée par son patron après une grossesse non désirée, elle croise la route de Dagmar (Trine Dyrholm, glaçante), une matrone charismatique qui se révèle peu à peu comme une figure de l’effroi. Derrière les apparences d’un réseau clandestin d’adoption, c’est en réalité une série de crimes indicibles qui se trame — librement inspirée d’un fait divers danois du début du XXe siècle.

Un thriller psychologique qui consacre son réalisateur

Von Horn construit son film comme un conte tragique pour adulte, tissé de symboles et d’allusions. Le récit prend peu à peu la forme d’un thriller psychologique où la culpabilité, la domination masculine, et la solitude féminine deviennent des forces de destruction. Le lien ambigu entre Karoline et Dagmar, d’abord teinté de reconnaissance mutuelle, bascule vers un rapport de pouvoir cruel. Dans ce huis clos oppressant, le film explore la violence des femmes entre elles, dans un monde façonné par les silences et la honte.

Dans le rôle de Dagmar, Trine Dyrholm livre une performance magistrale, à la fois douce, maternelle, et profondément inquiétante. Sa dualité magnifie la tension dramatique du film, tandis que Victoria Carmen Sonne, tout en fragilité contenue, compose une héroïne inoubliable, prisonnière d’un monde sans issue.

Sortie en salle prévue le 9 avril 2025, La Jeune femme à l’aiguille est une œuvre rare, d’une intensité peu commune. Magnifique dans sa forme, bouleversant dans son propos, le film confirme Magnus von Horn comme l’un des réalisateurs européens les plus sensibles et exigeants de sa génération. Un conte sombre et splendide, à découvrir absolument.

Partager