Le collectif féministe #NousToutes a mené une action symbolique vendredi matin à Paris, contre la publication du dernier livre de Nicolas Bedos, condamné en 2024 pour agressions sexuelles. Objectif affiché : dénoncer une forme de réhabilitation médiatique.
Peinture violette et slogans : un réveil militant devant les éditions de l’Observatoire
Peu avant 7h, une dizaine de militantes ont aspergé de peinture violette les vitrines du siège parisien des éditions de l’Observatoire, dans le Ve arrondissement, avant de se disperser sans heurts. Cette action visait directement la publication du livre La Soif de honte, paru le 7 mai, dans lequel Nicolas Bedos revient sur sa chute publique et sa condamnation. Des affiches aux messages explicites — « Bedos ta gueule », « Humensis éditeur d’agresseurs » ou encore « Victimes insultées, Bedos né avant la honte » — ont été collées sur les façades, accompagnées d’un portrait de l’auteur la bouche scotchée de violet.
Sur les réseaux sociaux, le collectif a justifié son action en dénonçant une « opération de communication » orchestrée par Bedos pour « se remettre en scène » en instrumentalisant les violences qu’il a commises. Une vidéo de l’action a été diffusée par #NousToutes et le site Le Média, où les militantes fustigent l’éditeur Humensis et expriment leur colère face à ce qu’elles considèrent comme une invisibilisation des victimes.
Une publication qui divise et relance le débat sur la responsabilité des éditeurs
La Soif de honte est présenté par l’éditeur comme un récit introspectif où Nicolas Bedos « décrit l’effondrement d’une vie sous le poids des accusations et de la honte » et « questionne les zones grises d’une société en mutation ». Une posture qui ne passe pas pour les militantes, alors que l’auteur a été condamné en octobre 2024 à un an de prison, dont six mois avec sursis, pour deux agressions sexuelles survenues en 2023. Il avait renoncé à faire appel « dans un souci d’apaisement », selon ses déclarations.
Selon Le Parisien, les ventes de l’ouvrage seraient faibles, avec seulement 2 144 exemplaires écoulés depuis sa sortie. Le fils de Guy Bedos avait été relaxé pour des faits de harcèlement sexuel plus anciens, mais reconnu coupable d’avoir notamment touché le sexe d’une femme par-dessus ses vêtements et embrassé une autre sans consentement alors qu’il était en état d’ivresse. Devant le tribunal, il avait évoqué un « black-out » et reconnu une « amabilité lourde » en lien avec sa consommation d’alcool.
Ce n’est pas la première action récente du collectif #NousToutes, qui avait déjà réussi à faire annuler un concert de Jean-Luc Lahaye à La Penne-sur-Huveaune la semaine précédente. Le message adressé aux diffuseurs culturels semble clair : publier ou programmer un homme condamné pour violences sexuelles n’est pas un acte neutre.