L’écrivain barcelonais est récompensé pour une œuvre où l’humour côtoie l’histoire de l’Espagne contemporaine. Un hommage à cinquante ans de carrière d’un auteur qui a marqué des générations de lecteurs.
Cinquante ans après la parution de La Vérité sur l’affaire Savolta, Eduardo Mendoza voit sa trajectoire saluée par l’un des prix les plus prestigieux du monde hispanophone. Ce mercredi 14 mai, le jury du prix Princesse des Asturies de littérature a choisi l’auteur catalan pour « sa capacité à être un pourvoyeur de bonheur pour les lecteurs ». Une reconnaissance qui célèbre autant la richesse de son œuvre que l’esprit malicieux et satirique qui la traverse.
L’humour comme boussole littéraire
Depuis ses débuts en 1975, Mendoza n’a cessé de mêler ironie et critique sociale. La Vérité sur l’affaire Savolta, considéré comme le premier roman de la transition post-franquiste, avait déjà annoncé ce ton si particulier, à la fois joueur et lucide. Suivront des succès populaires comme Le Mystère de la crypte ensorcelée, La Ville des prodiges ou encore Sans nouvelles de Gurb, farce délirante mettant en scène un extraterrestre égaré dans la Barcelone pré-olympique.
Son art de capter l’air du temps, à travers une prose légère mais jamais superficielle, a fait de lui une figure incontournable des lettres espagnoles. En 2016, il recevait déjà le prestigieux prix Cervantès. Le prix Princesse des Asturies vient aujourd’hui consacrer un écrivain « qui a su conjuguer rire et profondeur », selon les mots du jury.
Un auteur populaire et respecté
Né à Barcelone en 1943, Eduardo Mendoza est resté fidèle à sa ville dans ses récits, dont elle constitue souvent le décor central. Il a aussi touché au théâtre et à l’essai, toujours avec le même souci de rendre la littérature accessible sans la dénaturer. Lors de la conférence de presse donnée à Barcelone, il a salué avec humour cette nouvelle distinction : « Ce prix me fait grand plaisir. Savoir qu’on ne m’a pas encore relégué au grenier après un demi-siècle d’écriture, c’est très beau. »
Les prix Princesse des Asturies, institués en 1981, sont remis chaque année à des figures marquantes dans les domaines des arts, des sciences ou de la coopération. La cérémonie aura lieu en octobre à Oviedo, en présence de la princesse héritière Leonor et des souverains espagnols. Mendoza rejoindra alors un prestigieux palmarès où l’on retrouve, entre autres, Margaret Atwood, Ismail Kadaré ou Fred Vargas. Une reconnaissance amplement méritée pour un écrivain qui a su faire de la satire un art noble.