L’Académie française a relancé, vendredi 9 janvier, son bras de fer contre l’écriture inclusive, après une décision du Conseil d’État laissant en place deux plaques commémoratives de l’Hôtel de ville de Paris rédigées avec des points médians. Les « Immortels » dénoncent une graphie qu’ils estiment incompatible avec « l’esprit de notre langue », selon un communiqué repris par l’AFP.
Deux plaques contestées, un contentieux relancé
À l’origine du dossier, l’association Francophonie Avenir, qui avait demandé dès la fin 2021 à Anne Hidalgo de faire retirer deux plaques installées dans un couloir de l’Hôtel de ville, à l’entrée de l’hémicycle du Conseil de Paris. Les inscriptions visées listent notamment « les président·e·s du Conseil de Paris » et « les conseiller·e·s de Paris ayant accompli plus de vingt-cinq ans de mandat », en utilisant le point médian pour faire apparaître à la fois le masculin et le féminin.
Après un premier échec devant le tribunal administratif puis devant la cour administrative d’appel de Paris, l’association s’est pourvue en cassation. Dans une décision datée du 31 décembre, le Conseil d’État a rejeté ce pourvoi, sans trancher le débat de fond sur l’écriture inclusive, mais en jugeant que la cour n’avait pas commis d’« erreur de droit », toujours d’après l’AFP.
Le Conseil d’État dit “français”, l’Académie dit “atteinte”
Le raisonnement retenu jusque-là par les juridictions administratives repose sur un point précis : aucun texte n’énonce que l’écriture inclusive contreviendrait à la langue française. Pour le Conseil d’État, la cour a pu considérer que cette graphie ne revenait pas à utiliser « une autre langue que le français » — autrement dit, il s’agit bien de français, même si la forme graphique s’écarte des usages classiques.
Cette lecture juridique heurte frontalement la position de l’Académie française, qui voit dans les points médians un obstacle à la lisibilité et une menace pour la dimension patrimoniale de la langue. Dans son communiqué, l’institution « élève une protestation solennelle » contre l’option validée par le Conseil d’État, réaffirmant sa ligne : l’écriture inclusive, telle qu’elle apparaît sur ces plaques, serait « contraire à l’esprit de notre langue », selon l’AFP.