L’Institut du Monde Arabe dévoile cet été une exposition ambitieuse et inédite sur l’une des figures les plus célèbres et controversées de l’Antiquité : Cléopâtre VII. Intitulée Le mystère Cléopâtre, cette exposition, ouverte du 11 juin 2025 au 11 janvier 2026, entend déconstruire les mythes accumulés au fil des siècles et offrir un regard éclairé sur la dernière reine d’Égypte.
Une souveraine puissante piégée par les récits occidentaux
Cléopâtre, longtemps réduite au rôle de séductrice manipulatrice par les récits antiques romains, notamment ceux relayés sous l’influence d’Octave (futur empereur Auguste), est ici réhabilitée comme une dirigeante politique de premier plan. Dès l’entrée de l’exposition, le visiteur est confronté à la dualité entre les sources historiques : d’un côté, la propagande romaine la décrivant comme une « reine démente » ou « nymphomane » ; de l’autre, des écrits arabes médiévaux la présentant comme une femme savante et stratège, protectrice de son peuple.
Selon les propos recueillis par France Télévisions auprès de Christiane Ziegler, commissaire scientifique de l’exposition, les rares sources contemporaines ne font pas état d’une beauté exceptionnelle mais soulignent son intelligence et son érudition. Les monnaies frappées à son effigie montrent d’ailleurs une Cléopâtre à la physionomie loin des canons de beauté occidentaux. L’exposition s’appuie également sur des pièces archéologiques, des sculptures, bijoux et objets religieux, pour restituer un portrait réaliste de la souveraine.
Une figure mythique façonnée par les arts et la culture populaire
La deuxième partie de l’exposition s’attarde sur la fabrique du mythe Cléopâtre. Peintures, films, opéras, costumes de scène… Tous les supports artistiques ont contribué à faire d’elle un symbole ambivalent : tantôt martyre, tantôt femme fatale. Ce sont surtout les représentations occidentales, de Sarah Bernhardt à Liz Taylor, qui ont ancré l’image d’une Cléopâtre hypersexualisée, au détriment de sa réalité historique.
Comme le rappelle Sortiraparis, cette distorsion de l’image s’est accélérée avec le cinéma, qui a produit des centaines de films autour de la figure de la reine, souvent empreints d’orientalisme. Pour Nathalie Bondil, directrice du musée et des expositions à l’IMA, cette exposition vise précisément à rétablir un équilibre : redonner à Cléopâtre la place qui lui revient dans l’Histoire en tant que cheffe d’État et non simple figure érotisée.
Un parcours riche et pédagogique
Portée par un dispositif scénographique exigeant et accessible, l’exposition alterne documents scientifiques, objets rares, vidéos et œuvres d’art contemporain. Elle s’adresse autant aux passionnés d’égyptologie qu’au grand public, avec un effort pédagogique notable. Les commissaires ont également intégré les perspectives culturelles arabes, bien souvent absentes des grandes expositions européennes sur Cléopâtre.