C’était un 31 mai : Mort du maréchal Jean Lannes à Vienne
C’était un 31 mai : Mort du maréchal Jean Lannes à Vienne

Le 31 mai 1809, Jean Lannes, maréchal d’Empire et duc de Montebello, meurt à l’âge de 40 ans à Vienne, en Autriche. Il succombe aux suites d’une grave blessure reçue dix jours plus tôt lors de la bataille d’Essling, où un boulet lui a emporté les jambes. Fils de teinturier devenu officier sous la Révolution, il est l’un des rares maréchaux à être monté en grade uniquement par le mérite et la bravoure sur le champ de bataille. Sa fin tragique, dans un conflit qu’il ne comprenait plus, met un terme à une carrière fulgurante, marquée autant par des succès militaires que par des désillusions politiques.

Un soldat sans titre devenu maréchal

Né à Lectoure, dans le Gers, le 10 avril 1769, Jean Lannes ne vient ni de la noblesse ni des milieux lettrés. Apprenti teinturier dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée en 1792. D’abord affecté dans l’armée des Pyrénées, il gravit rapidement les échelons grâce à son courage et à sa ténacité. Il se distingue durant la guerre du Roussillon, puis sur les champs de bataille d’Italie où il attire l’attention du jeune général Bonaparte, notamment à Dego et au pont d’Arcole, où il est blessé à plusieurs reprises.

Devenu général de division sous le Consulat, il participe à la campagne d’Égypte, puis à celle de Marengo. Bonaparte, devenu Empereur, le fait maréchal d’Empire en 1804. Lannes obtient par la suite plusieurs commandements importants dans les campagnes contre la Prusse, la Russie et l’Autriche. Il s’illustre à Austerlitz, Saalfeld, Iéna, Pultusk, puis en Espagne à Tudela et Saragosse.

Brillant dans les manœuvres, énergique en avant-garde, Jean Lannes est reconnu comme un chef efficace, apprécié de ses hommes. Il est cependant parfois en désaccord avec les ordres reçus, et n’a jamais caché son franc-parler — ce qui lui valut autant de respect que de tensions avec Napoléon.

Une mort sur fond de désenchantement

En mai 1809, lors de la campagne d’Autriche, Lannes commande le 2e corps de la Grande Armée. Le 22, à la bataille d’Essling, il perd son ami Pouzet, tué sous ses yeux, puis est lui-même frappé par un boulet qui lui broie les jambes. Opéré par le chirurgien Larrey, il endure une longue agonie sur l’île de Lobau. Il meurt neuf jours plus tard, entouré de quelques fidèles, mais sans revoir l’Empereur avant ses derniers instants.

À cette époque, Lannes est de plus en plus amer sur la guerre. Il s’était confié à ses proches : « Je crains la guerre, le premier bruit me fait frissonner […]. On étourdit les hommes pour mieux les mener à la mort. » Après tant d’années de campagnes, de blessures et de sacrifices, il doute de la finalité des combats qu’il mène.

Napoléon, affecté mais distant, écrira à son épouse pour lui présenter ses condoléances. Jean Lannes est inhumé au Panthéon en 1810, aux côtés des grands hommes de la Nation. Figure militaire emblématique, sa trajectoire témoigne autant de l’ascension sociale possible sous la Révolution et l’Empire que du prix humain payé par ceux qui servirent l’ambition impériale.

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