Le 27 février 1844, la partie orientale de l’île d’Hispaniola proclame son indépendance et donne naissance à un nouvel État souverain : la République dominicaine. Après vingt-deux années d’occupation par Haïti, les insurgés dominicains prennent le contrôle de la forteresse de la Puerta del Conde, à Saint-Domingue, et annoncent officiellement la rupture. Vers onze heures et demie du soir, la nouvelle nation affirme sa devise : « Dios, Patria, Libertad » Dieu, Patrie, Liberté.
Des dominations successives à l’affirmation nationale
L’histoire de cette indépendance s’inscrit dans un passé colonial complexe. Découverte par Christophe Colomb en 1492, l’île — baptisée Hispaniola — devient l’un des premiers centres de la colonisation espagnole en Amérique. La population autochtone taïno est rapidement décimée par les violences, le travail forcé et les épidémies. L’économie coloniale repose ensuite sur l’esclavage africain et les plantations, notamment sucrières.
Au XVIIe siècle, la partie occidentale de l’île passe sous domination française, tandis que l’est demeure espagnol. Cette division donne naissance, au XIXe siècle, à deux trajectoires distinctes : Haïti, indépendante en 1804 après une révolution d’esclaves victorieuse, et la colonie espagnole de Saint-Domingue.
En 1821, les élites créoles de l’est tentent une première émancipation vis-à-vis de l’Espagne. Cette « indépendance éphémère » ne dure que quelques mois : dès 1822, le président haïtien Jean-Pierre Boyer unifie toute l’île sous son autorité. Si cette période met fin définitivement à l’esclavage dans l’est, elle suscite aussi des résistances politiques et culturelles parmi les populations hispanophones.
Le soulèvement de 1844
Le mouvement séparatiste s’organise autour de trois figures majeures : Juan Pablo Duarte, Francisco del Rosario Sánchez et Ramón Matías Mella. Ensemble, ils fondent la société secrète La Trinitaria et préparent le soulèvement contre le pouvoir haïtien.
Dans la nuit du 27 février 1844, Mella tire un coup de feu symbolique qui marque le début de l’insurrection. Les révolutionnaires s’emparent de la forteresse stratégique de la capitale et contraignent la garnison haïtienne à quitter la ville. La République dominicaine est proclamée. Duarte est reconnu comme l’inspirateur du drapeau national, composé d’une croix blanche séparant des quartiers rouges et bleus, avec au centre les armoiries de la République.
Ce jour-là, une nouvelle nation affirme son existence et son identité propre, distincte à la fois de l’héritage espagnol et de l’administration haïtienne.
Un État fragile et convoité
L’indépendance n’apporte pas immédiatement la stabilité. Les premières décennies sont marquées par des rivalités internes et plusieurs tentatives de reconquête haïtienne. Le général Pedro Santana concentre les pouvoirs et impose une autorité quasi dictatoriale. En 1861, face aux difficultés économiques et aux menaces extérieures, la République dominicaine choisit même de redevenir colonie espagnole cas rare d’un État revenant volontairement sous tutelle.
Cette situation provoque une guerre de Restauration qui aboutit, en 1865, au rétablissement définitif de l’indépendance. Par la suite, le pays connaît encore de fortes turbulences politiques, notamment une occupation américaine entre 1916 et 1924 et la longue dictature de Rafael Trujillo de 1930 à 1961.
La République dominicaine aujourd’hui
Située dans les Grandes Antilles, la République dominicaine occupe environ les deux tiers orientaux de l’île d’Hispaniola et partage sa frontière avec Haïti. Avec près de 49 000 km², elle est le deuxième plus vaste État des Caraïbes.
Son histoire, marquée par la colonisation, l’esclavage, les luttes d’indépendance et les interventions étrangères, a forgé une identité nationale forte. Chaque 27 février, la fête de l’indépendance rappelle la nuit où, à Saint-Domingue, un peuple décida de se constituer en nation libre et souveraine.