Le 23 mai 1430, Jeanne d’Arc est capturée par les troupes bourguignonnes à Margny-lès-Compiègne, près de la ville qu’elle tentait de défendre. L’héroïne de la guerre de Cent Ans, celle qui avait levé le siège d’Orléans et mené Charles VII au sacre à Reims, tombe aux mains de ses ennemis alors qu’elle mène une sortie pour protéger les habitants. C’est la fin d’une chevauchée éclatante, et le début d’un calvaire qui la conduira au bûcher.
Une mission solitaire
Depuis la campagne de 1429, Jeanne est une figure centrale de la reconquête française. Pourtant, en ce printemps 1430, elle agit quasiment seule. Le roi Charles VII, hésitant, n’a pas donné d’ordres clairs, et Jeanne, de sa propre initiative, recrute une troupe de mercenaires pour aller secourir Compiègne, assiégée par les Bourguignons alliés aux Anglais. Elle entre discrètement dans la ville, mais dès le lendemain, elle tente une sortie militaire. L’opération tourne court. Tandis que ses compagnons battent en retraite, elle reste en arrière pour couvrir la fuite. Reconnaissable à son étendard, elle est tirée de son cheval par un archer et faite prisonnière par les hommes de Jean de Luxembourg.
De prison en prison
Le destin de la Pucelle est scellé. Conduite d’abord à Beaulieu, puis à Beaurevoir, elle tente à deux reprises de s’évader. Mais très vite, l’intérêt anglais s’impose. Pour Henri VI d’Angleterre et ses partisans, il faut à tout prix briser le symbole Jeanne : celle qui a donné une légitimité divine à Charles VII doit être discréditée. L’évêque Pierre Cauchon, favorable aux Anglais, se charge du procès. Le 21 novembre 1430, Jean de Luxembourg vend Jeanne pour 10 000 livres tournois — une somme immense, digne d’un roi.
Le début du martyre
Débute alors un long périple à travers le nord de la France, d’Arras à Rouen en passant par Dieppe, avant son enfermement dans une tour du château de Bouvreuil. Elle sera jugée pour hérésie et sorcellerie, non pas comme chef militaire ou prisonnière de guerre, mais comme une ennemie de Dieu et de l’Église. Cette capture marque donc le basculement de Jeanne d’Arc, de guerrière inspirée à martyre sacrifié par la politique et la peur.
La jeune femme de dix-huit ans, fidèle à sa mission et à ses voix, affrontera bientôt un procès inique, mais elle restera, jusqu’au bûcher, une figure d’exception, d’un courage et d’une détermination absolus. Le 23 mai 1430, la Pucelle tombe, mais sa légende commence à s’écrire.