Beyoncé sous le feu des critiques pour un t-shirt jugé anti-indigène lors de sa tournée “Cowboy Carter”
Beyoncé sous le feu des critiques pour un t-shirt jugé anti-indigène lors de sa tournée “Cowboy Carter”

Beyoncé se retrouve au cœur d’une vive polémique après avoir arboré un t-shirt jugé offensant lors d’un concert à Paris, dans le cadre de sa tournée “Cowboy Carter”. Le vêtement, qui figure également sur son site officiel, rend hommage aux Buffalo Soldiers, ces unités de soldats afro-américains ayant combattu pour l’armée des États-Unis à partir de 1866. Mais c’est une phrase inscrite dans le dos du t-shirt qui a déclenché la controverse : « leurs antagonistes étaient les ennemis de la paix, de l’ordre et de l’installation : Indiens belliqueux, bandits, voleurs de bétail, tueurs, contrebandiers, intrus et révolutionnaires mexicains ».

Cette formulation a suscité une vague de réactions indignées, notamment parmi les communautés autochtones et latino-américaines. De nombreux internautes et influenceurs indigènes ont dénoncé une glorification de la violence coloniale et une narration historique qui dépeint les peuples autochtones et les révolutionnaires mexicains comme des obstacles à la civilisation. La star texane, qui doit se produire ce week-end à Houston, n’a pas réagi publiquement aux critiques, et son équipe est restée silencieuse.

Les Buffalo Soldiers, bien qu’ayant servi dans plusieurs conflits majeurs des États-Unis jusqu’à leur dissolution en 1951, ont également participé à des campagnes militaires contre les peuples autochtones dans le cadre de l’expansion vers l’Ouest. Ce passé, longtemps présenté de manière héroïque, fait aujourd’hui l’objet d’un regard plus nuancé, y compris au sein du Buffalo Soldiers National Museum à Houston. Son directeur des expositions, Cale Carter, reconnaît que la narration historique a souvent minimisé le rôle de ces soldats dans la répression des peuples indigènes et dans les conflits frontaliers.

Cette controverse met aussi en lumière la complexité de l’héritage afro-américain dans l’histoire coloniale des États-Unis. Selon plusieurs historiens, dont Tad Stoermer de l’université Johns Hopkins, Beyoncé semble vouloir revendiquer une place pour les Noirs américains dans l’imaginaire de l’Ouest américain, traditionnellement dominé par la figure blanche du cowboy. Son album “Cowboy Carter”, acclamé par la critique et récompensé aux Grammy Awards, entend précisément déconstruire cette iconographie. Mais pour d’autres spécialistes, comme Alaina E. Roberts de l’université de Pittsburgh, cette démarche ne peut ignorer les violences que les Buffalo Soldiers ont perpétrées à l’égard des autochtones.

Sur les réseaux sociaux, les réactions s’intensifient à l’approche des concerts à Houston. Le compte Instagram @indigenous.tv, qui rassemble plus de 130 000 abonnés, a interrogé ses followers : « Beyoncé s’excusera-t-elle ou reconnaîtra-t-elle le message du t-shirt ? » Une internaute, Chisom Okorafor, a résumé le malaise dans une vidéo virale sur TikTok : « Ce t-shirt véhicule l’idée que les Noirs aussi peuvent profiter de l’empire américain, au prix de l’abandon des immigrés, des peuples indigènes et des autres exclus de l’histoire nationale. »

Alors que la star continue de faire salle comble dans le monde entier, cette affaire rappelle que la mémoire collective, surtout lorsqu’elle s’incarne sur scène, est loin d’être consensuelle.

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