Dans le silence du désert du sud de l’Irak, les entrailles de la Terre cachent des secrets encore non révélés, car elles sont écrites dans un langage radiologique que seuls les spécialistes peuvent comprendre.
Les atomes présents dans les formations rocheuses profondes de la Terre, qui contiennent des éléments radioactifs naturels, émettent des murmures radiatifs. Une équipe de chercheurs irakiens a cherché à les écouter et à les transformer en un langage compréhensible, ayant une dimension environnementale et économique, en s’appuyant sur des données historiques remontant à plusieurs décennies.
Ces données datent d’il y a environ 51 ans, lorsque, en 1974, des avions de la « Société générale de géophysique » de France, équipés de spectromètres gamma, ont survolé l’Irak pour dresser une carte initiale du rayonnement naturel dans le désert du sud, précisément dans la région située entre les latitudes (29°-31°) au nord et les longitudes (42°-47°) à l’est.
Ces données sont restées un trésor scientifique enfoui, attendant qu’on en retire la poussière et qu’on lise ses signaux avec précision et attention, ce que l’équipe de chercheurs dirigée par le Dr. Imad Al-Kharsan, de l’Université de Bassorah pour le pétrole et le gaz, a fait dans une étude publiée dans le « Journal of Applied Geophysics ».
Dans une interview avec Al Jazeera Net, le Dr. Abdelaziz Mohamed Abdelaziz, professeur en génie de l’exploration et de l’évaluation des couches à la Faculté de génie de l’Université du Caire, qui n’a pas participé à cette étude, explique que les données fournies par de telles sondes aériennes ne changent pas à des intervalles rapprochés. Par conséquent, l’analyse des observations faites en 1974 reflétera largement la situation actuelle. Il précise que l’équipe de chercheurs a ajouté de la valeur aux données collectées par la société française, en étudiant la manière dont le rayonnement présent dans les roches et le sol est lié à la composition géologique de la région.
Comment les Irakiens ont-ils utilisé les données de 1974 ?
Les avions de la société, équipés de spectromètres gamma, ont mesuré les niveaux de rayonnement provenant de l’uranium, du thorium et du potassium radioactif, et ont enregistré le rayonnement total. En utilisant une méthode mathématique appelée « analyse des tendances superficielles », l’équipe de chercheurs a pu identifier les zones présentant un rayonnement anormal, ce qui pourrait indiquer la présence de minéraux spécifiques ou de formations géologiques importantes. Cette interprétation supplémentaire les a aidés à mieux comprendre la relation entre le rayonnement et les caractéristiques géologiques de la région, ce qui pourrait orienter les recherches futures ou l’exploration des ressources naturelles.
L’ »analyse des tendances superficielles » est une méthode mathématique qui aide les scientifiques à comprendre comment un phénomène, comme le rayonnement, se distribue dans certaines zones de la Terre. En utilisant cette méthode, les données sont collectées à partir de plusieurs points différents, et les scientifiques cherchent à repérer des schémas dans ces données, comme une augmentation ou une diminution du rayonnement dans certaines zones. Cela les aide à déterminer les grandes tendances du rayonnement, ce qui leur permet de prédire ses niveaux dans des endroits non encore mesurés.
Sites d’anomalies radiologiques
L’une des principales conclusions des chercheurs est l’identification de six sites contenant des anomalies radiologiques, c’est-à-dire un rayonnement anormal, lié à des causes géologiques et tectoniques, notamment la présence de fissures et de minéraux radioactifs rares comme l’uranium qui se déplace par les eaux souterraines.
Le Dr. Abdelaziz souligne que ces résultats ouvrent des possibilités pour identifier des zones riches en minéraux rares ou des zones devant être surveillées de plus près en raison des niveaux élevés de rayonnement.
En général, les niveaux de rayonnement naturel varient entre 850 et 1160 impulsions par seconde. Les six sites ont enregistré des niveaux supérieurs, tandis que les niveaux étaient normaux dans les autres zones et formations géologiques couvertes par l’étude.
Il explique comment ces impulsions sont mesurées, précisant que « lorsque des matériaux radioactifs (comme l’uranium ou le thorium) émettent des rayons gamma, ces derniers sont captés par des instruments qui transforment le rayonnement en impulsions électriques, et le nombre d’impulsions enregistrées par seconde est calculé ». Il précise qu’il existe deux méthodes de mesure, l’une étant le « compteur Geiger », la méthode la plus ancienne, et l’autre étant le « compteur à scintillation », la méthode la plus moderne et courante.
Le « compteur Geiger » contient deux pôles électriques (positif et négatif) séparés par un gaz inerte. Lorsque les rayons gamma traversent ce gaz, ils l’ionisent, permettant ainsi la conduction électrique entre les pôles, ce qui se manifeste par une impulsion électrique. Plus les rayons sont intenses, plus l’ionisation et la conduction sont fortes, et donc plus il y a d’impulsions. Le compteur à scintillation, quant à lui, est constitué d’un cristal de « iodure de sodium » qui émet des éclats lumineux lorsqu’il est frappé par des rayons gamma. En comptabilisant ces éclats, les niveaux de rayonnement peuvent être estimés.
Dans le cadre des études géophysiques, ces appareils sont utilisés pour mesurer le rayonnement naturel des roches et du sol. Plus il y a d’impulsions et d’éclats lumineux, plus l’activité radiologique est élevée, ce qui peut indiquer la présence de minéraux radioactifs comme l’uranium ou le thorium.
Applications futures
Ainsi, les résultats de cette étude pourraient avoir des applications pratiques dans le futur. Le Dr. Abdelaziz affirme que « la compréhension approfondie du rayonnement naturel dans le sud de l’Irak pourrait contribuer à des études environnementales et géologiques plus vastes, et être utile dans la recherche sur les minéraux radioactifs, ainsi que dans les études sur l’énergie nucléaire et la détermination des sites géographiques appropriés pour des usages industriels ».
De plus, il précise que « ces résultats peuvent être utiles pour analyser les changements environnementaux en surveillant les niveaux de rayonnement naturel et leurs effets sur la santé publique, les plantes et les animaux dans ces zones ».