Au théâtre Marigny, Amadeus replonge le public dans la rivalité mythique – et largement romancée – entre Antonio Salieri et Wolfgang Amadeus Mozart. La pièce de Peter Shaffer, adaptée et mise en scène par Olivier Solivérès, installe d’emblée un dispositif immersif : avant même que l’action ne démarre, la salle se met à l’heure du XVIIIe siècle. Le spectacle, programmé jusqu’au 5 avril, choisit surtout un point de vue unique : celui de Salieri, vieil homme rongé par la culpabilité, qui s’avance comme pour livrer une confession.
Une confession théâtrale portée par un duo central
Selon la note d’intention d’Olivier Solivérès, l’objectif est de faire naître toute l’histoire depuis la mémoire troublée de Salieri : visions, obsessions, passé recomposé sous ses yeux. Cette perspective donne à la pièce son moteur dramatique, entre admiration et haine d’un homme persuadé d’avoir été humilié par Dieu lui-même. Jérôme Kircher incarne ce Salieri à la fois sombre et fiévreux, tandis que Thomas Solivérès campe un Mozart solaire, insolent, parfois enfantin, dont l’énergie déborde et choque par moments, notamment par un humour grossier assumé.
La dynamique s’organise autour de cette confrontation : d’un côté, le compositeur “officiel”, proche de la cour, de l’autre, un génie imprévisible, sans le sou, en quête de reconnaissance. La pièce, déjà montée à Paris à plusieurs reprises, reprend tous les ressorts du récit : jalousie, manipulation, vengeance, jusqu’à la scène où Mozart, à bout de forces, dicte son Requiem à Salieri, dans un face-à-face qui devient le sommet dramatique du spectacle.
Flamboyance scénique et rappel du caractère fictionnel
La mise en scène joue la mobilité : palais, appartements, coulisses d’opéra, tout s’enchaîne avec fluidité. Les deux articles insistent sur le parti pris visuel : profusion de costumes, perruques, couleurs, scènes de cour très composées, mais aussi présence de musiciens et de voix lyriques sur le plateau, notamment autour de La Flûte enchantée, ce qui accentue l’ampleur “grand spectacle” de la production.
Le Parisien rapproche forcément cette adaptation du film de Milos Forman (1984), rappelant son immense palmarès, dont huit Oscars. Toutefois, l’intrigue de “l’assassinat” relève de la fiction. D’après les historiens, si compétition il y a eu entre les deux compositeurs, rien n’étaye l’idée d’un meurtre, et Salieri aurait même aidé Mozart. Cette distance avec la réalité n’empêche pas la pièce de fonctionner à plein : elle assume le mythe pour mieux explorer la jalousie, la foi, et la violence intime que peut provoquer le génie des autres.