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Alors que le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle se tenait au Grand Palais les 10 et 11 février 2025, réunissant chefs d’État et leaders de la tech, un événement parallèle s’est déroulé à quelques rues de là. Le contre-sommet « Pour un humanisme de notre temps », organisé par le philosophe Éric Sadin et le Syndicat national des journalistes (SNJ), a réuni des professionnels de l’information, de la culture et de l’enseignement pour témoigner des bouleversements engendrés par l’IA dans leurs secteurs.

Dans le domaine du journalisme, l’utilisation croissante de l’IA générative suscite de vives inquiétudes. Francis Magois, journaliste à L’Équipe, a dénoncé l’automatisation de certains contenus, comme les podcasts diffusés durant les Jeux olympiques, créés sans intervention humaine. « Qui porte la responsabilité en cas d’erreur ? », a-t-il interrogé, estimant que l’IA, sous couvert d’efficacité, menace directement l’emploi des journalistes. De son côté, Éric Barbier, journaliste à L’Est Républicain et coorganisateur du contre-sommet, a insisté sur la multiplication des erreurs commises par ces outils, qui nécessitent une relecture constante. « On nous dit que l’IA va alléger la charge de travail, mais c’est tout l’inverse : les journalistes doivent repasser derrière pour vérifier et corriger. Il n’y a aucun gain de temps », a-t-il affirmé.

Le contre-sommet a aussi été marqué par un coup d’éclat : un groupe militant anti-tech a brièvement interrompu les débats pour dénoncer l’impact social de l’IA, notamment la destruction d’emplois. Un incident qui illustre la tension croissante autour de ces technologies. Face à ces enjeux, les intervenants ont plaidé pour une régulation stricte et la mise en place d’une charte définissant les usages acceptables de l’IA dans les médias. Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) propose déjà une échelle de risques pour encadrer ces pratiques, un outil que les organisateurs souhaitent voir adopté par les rédactions.

Pendant que le Grand Palais célébrait les avancées technologiques, ce contre-sommet a mis en lumière les inquiétudes des professionnels confrontés à une mutation rapide de leur métier. Un débat qui, selon les organisateurs, ne fait que commencer.

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