« Valeur sentimentale » : Joachim Trier sonde les silences d’un père et ses filles
« Valeur sentimentale » : Joachim Trier sonde les silences d’un père et ses filles

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, Valeur sentimentale signe le retour attendu de Joachim Trier. S’il retrouve Renate Reinsve dans un rôle principal, le cinéaste norvégien livre un drame familial subtil mais en demi-teinte, accueilli avec ferveur malgré une émotion contenue à l’écran.

Un père revient, les blessures réapparaissent

Dans ce nouveau long-métrage, Joachim Trier imagine le retour d’un père vieillissant dans la vie de ses deux filles qu’il a longtemps abandonnées. Interprété par Stellan Skarsgård, Gustav Borg, cinéaste autrefois admiré, surgit aux obsèques de son ex-femme après des décennies d’absence. L’accueil est mitigé : sa fille cadette, Agnès, historienne, se montre curieuse et presque enthousiaste, tandis que Nora, l’aînée devenue comédienne reconnue, reste fermée et méfiante.

Renate Reinsve campe cette héroïne blessée, rongée par le manque et l’ambivalence. Tétanisée par le trac avant de monter sur scène, elle cherche un électrochoc – une scène troublante en témoigne dès les premières minutes du film. Lorsque son père lui propose un rôle dans son prochain film, elle refuse sans hésiter. « On n’arrive pas à se parler », justifie-t-elle à demi-mot. La tentative de réconciliation progresse alors sur un fil ténu, sans effusion ni cris, loin de tout pathos. Joachim Trier, connu pour Oslo, 31 août ou Julie (en 12 chapitres), préfère ici l’épure au tumulte.

Standing ovation record pour un film au ton retenu

Présenté mercredi 21 mai, Valeur sentimentale a pourtant déclenché l’une des plus longues ovations de cette 78e édition du Festival de Cannes : entre 15 et 19 minutes selon les sources, s’approchant du record historique établi par Le Labyrinthe de Pan en 2006. Très ému, le réalisateur a salué ses acteurs, remerciant leur patience et leur engagement. « Je fais des films pour mes amis », a-t-il glissé, reprenant une phrase de Buñuel, selon Variety.

Si la mise en scène est élégante et maîtrisée, certains critiques regrettent une émotion trop lisse et des scènes qui peinent à s’imposer durablement. Le film alterne pourtant gravité et légèreté, notamment grâce à Elle Fanning, dans un second rôle inattendu et charmant. La jeune actrice incarne une star hollywoodienne à qui Gustav Borg propose finalement le rôle refusé par sa fille, dans une tentative de relancer sa carrière… et de réparer ses erreurs.

Attendu en salles le 20 août, Valeur sentimentale s’inscrit dans la lignée des œuvres intimistes de Joachim Trier, avec une attention particulière portée à l’ellipse, au non-dit, et à la transmission. S’il ne retrouve pas la grâce bouleversante de Julie (en 12 chapitres), le film interroge avec finesse les blessures d’héritage et le poids du passé sur les trajectoires individuelles.

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