Avec son reboot du plus célèbre des super-héros, James Gunn offre une lecture à la fois spectaculaire, loufoque et profondément humaine de l’homme d’acier. Un pari audacieux, déjà clivant.
Un Superman réinventé pour incarner l’époque
C’est un Superman rajeuni et bien plus bavard que les spectateurs découvrent dans le nouveau film de James Gunn, en salles ce 9 juillet. Oubliées les origines mille fois racontées : pas d’explosion de Krypton, pas de découverte des pouvoirs à Smallville, Gunn entre directement dans l’action avec un Kal-El déjà aguerri, en pleine bataille contre une créature déchaînée. David Corenswet reprend le rôle iconique avec douceur et une certaine réserve, aux côtés de Rachel Brosnahan dans le costume de Lois Lane, son alliée journaliste et amoureuse.
Plutôt que de miser sur la gravité, Gunn a choisi l’humour et une mise en scène volontairement décalée. Son Superman, déjà assimilé à l’humanité, continue de s’interroger sur sa place dans un monde où la désinformation, la technologie et la guerre brouillent les repères. Le conflit entre la Boravie et le Jahnanpur — deux pays fictifs aux allures de double géopolitique de l’Ukraine et de la Russie — donne le ton : le héros devient un acteur controversé sur la scène mondiale. Dans cette atmosphère agitée, l’ennemi juré Lex Luthor, joué par Nicholas Hoult, se transforme en magnat de la tech mégalomane, entouré d’une influenceuse armée de selfies. Le contraste est assumé : entre ironie assumée, satire numérique et combats interdimensionnels, Superman se cherche — et le spectateur avec lui.
Une fresque bigarrée entre comédie, action et satire
James Gunn — déjà à l’origine de Les Gardiens de la galaxie — applique ici sa recette habituelle : un cocktail coloré, burlesque, rythmé par une bande-son puissante et un goût certain pour le grotesque. Les fans retrouveront une galerie de personnages secondaires plus ou moins familiers : Mister Terrific, Green Lantern, Hawkgirl ou Metamorpho, tous rassemblés au sein du « Justice Gang », sorte de réponse alternative à la Justice League. La présence de Krypto, chien volant attachant et gaffeur, renforce la tonalité familiale et nostalgique du film.
Mais cette légèreté assumée ne fait pas l’unanimité. Selon certains critiques, dont Philippe Guedj, ce nouveau Superman vire à la caricature, enchaînant les effets visuels criards et les blagues potaches sans profondeur dramatique. Il dénonce notamment un traitement caricatural des personnages féminins et une surcharge de références désuètes issues des comics des années 1950, période dite du « Silly Superman ».
Malgré ces réserves, d’autres observateurs, à l’instar de Tom Jorgensen d’IGN ou Scott Phillips de Forbes, saluent la sincérité du propos et la capacité de Gunn à réconcilier l’héritage moral du héros avec un ton plus moderne. Le film obtient d’ailleurs un score de 86 % sur Rotten Tomatoes, bien supérieur aux 57 % récoltés par Man of Steel en 2013.
Ce Superman 2025 n’est pas là pour séduire les nostalgiques d’un âge d’or passé. Il cherche à capter l’air du temps : celui d’une époque où même les super-héros doutent, rient, aiment… et subissent les assauts des réseaux sociaux.