Un divorce, un couple libre… et un joyeux chaos
Trois ans après The Climb, où il explorait les complexités de l’amitié masculine, Michael Angelo Covino revient avec Splitsville, une comédie aiguisée qui plonge cette fois dans l’univers du couple. On y retrouve Carey, un quadragénaire naïf et éperdument amoureux, dont la vie bascule lorsque sa femme, Ashley, lui annonce soudainement qu’elle veut divorcer. Désemparé, il trouve refuge chez ses amis Paul et Julie, un couple apparemment épanoui… jusqu’à ce qu’il découvre qu’ils vivent en union libre.
À mesure que Carey tente d’adopter cette nouvelle vision du couple, les repères vacillent. Ce qu’il pensait être un modèle de liberté se révèle plus trouble qu’il n’y paraît. Les limites du désir, les jalousies contenues et les non-dits refont surface, et les amitiés, comme les histoires d’amour, en sortent ébranlées. Fidèle à son style, Covino met en scène cette confusion avec une précision millimétrée, mêlant plans-séquences spectaculaires et dialogues brillamment écrits.
Une comédie audacieuse et irrésistible
Dès les premières scènes, le film assume un ton résolument comique. Les répliques font mouche, les situations sont aussi absurdes que crédibles, et les émotions, souvent contradictoires, touchent juste. Une scène de confrontation en plan-séquence, déclenchée par une révélation intime dans un cadre pourtant « librement consenti », offre un moment d’anthologie, aussi burlesque que révélateur.
La distribution renforce encore la réussite du film. Kyle Marvin incarne avec justesse l’homme dépassé par les règles du jeu sentimental. Dakota Johnson, en épouse élégante et imprévisible, brille par sa spontanéité et son humour sec. Adria Arjona, quant à elle, campe une Ashley en quête d’émancipation sensuelle, loin des clichés de la romance traditionnelle. Même les seconds rôles apportent leur grain de folie, comme ce mentaliste lunaire surgissant d’un dîner mondain.
Splitsville ne prend jamais parti sur les modèles amoureux. Il ne juge ni la monogamie, ni les relations ouvertes, mais explore avec dérision et tendresse les zones grises entre théorie et réalité. Un film à la fois drôle, acide, touchant, et indéniablement réjouissant dans une sélection cannoise souvent dominée par les drames. Un souffle de fraîcheur bienvenu sur la Croisette.