Connue pour son rôle d’inspectrice dans New York, unité spéciale, Mariska Hargitay passe pour la première fois derrière la caméra avec My Mom, Jayne, un documentaire intime et bouleversant consacré à sa mère, Jayne Mansfield. Icône hollywoodienne des années 1950 et 1960, souvent réduite à son image de pin-up provocante, Mansfield y apparaît enfin dans toute sa complexité. Le film, diffusé depuis fin juin sur Max (et en France sur MyCanal), a profondément touché la presse américaine.
Un portrait sincère d’une femme déformée par sa légende
Dès les premières images du documentaire, Mariska Hargitay s’efforce de déconstruire les stéréotypes qui ont enfermé sa mère. Jayne Mansfield, avec ses cheveux platine et son sourire aguicheur, fut l’une des actrices les plus photographiées de son époque, mais aussi l’une des plus incomprises. Elle rêvait d’être reconnue pour son talent, pas seulement pour ses formes ou son sex-appeal. Dans My Mom, Jayne, sa fille rassemble témoignages familiaux, archives audiovisuelles, extraits d’interviews et images personnelles pour raconter le parcours d’une femme brillante, drôle, polyglotte, et trop souvent ramenée à une image caricaturale.
Née en Pennsylvanie en 1933, Jayne Mansfield devient mère à 16 ans, avant de tenter sa chance à Hollywood. Sa carrière prend son envol en 1957 avec La Blonde explosive. Mais ce succès, bâti sur un rôle de “blonde idiote”, se transforme vite en piège. Si elle gagne un Golden Globe la même année, ses efforts pour sortir de cette image ne seront jamais vraiment pris au sérieux. L’un des moments les plus marquants du film est sans doute cet échange avec Groucho Marx sur un plateau télé, où il souligne qu’elle n’a rien d’une femme stupide, ce à quoi elle répond avec lucidité : « Le public paie pour me voir d’une certaine façon. C’est un rôle que je joue. » Une réponse qui résonne comme un aveu d’impuissance face à l’industrie.
De l’icône au drame personnel : une quête identitaire poignante
Le documentaire ne se contente pas de réhabiliter l’image publique de Jayne Mansfield, il explore aussi les zones d’ombre de sa vie. Le 29 juin 1967, à 34 ans, elle meurt dans un terrible accident de voiture en Louisiane. Trois de ses enfants, dont Mariska âgée de 3 ans, sont à bord mais survivent. Ce traumatisme, l’actrice de New York, unité spéciale le porte encore, tout comme le poids du mythe maternel. Grandir avec l’image d’une “blonde peroxydée” adulée et moquée à la fois fut longtemps une source de gêne pour elle.
Le film revient aussi sur les violences conjugales subies par Jayne Mansfield, ses relations toxiques et sa lente dérive vers la solitude, l’alcool et les médicaments. Derrière les paillettes, c’est une femme brisée que découvre sa fille en reconstituant son histoire. Et c’est cette reconstruction, aussi douloureuse que libératrice, qui donne au film toute sa puissance émotionnelle.
À cela s’ajoute un secret longtemps gardé : Mariska Hargitay découvre à l’âge adulte que Mickey Hargitay, le culturiste et acteur hongrois qui l’a élevée, n’est pas son père biologique. Un jeune acteur italien en serait le véritable géniteur, fruit d’un amour bref mais sincère. Elle choisit de taire cette vérité durant quarante ans pour ne pas blesser celui qu’elle a toujours considéré comme son père. Ce silence, aujourd’hui brisé, donne une autre dimension au documentaire, celui d’un chemin vers la réconciliation et l’acceptation.