Mostra de Venise - Kim Novak reçoit un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière @wikipedia commons
Mostra de Venise - Kim Novak reçoit un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière @wikipedia commons

À 92 ans, Kim Novak est de retour sous les projecteurs. L’icône du cinéma hollywoodien, inoubliable dans Sueurs froides (Vertigo) d’Alfred Hitchcock, a été récompensée lundi 1er septembre à la Mostra de Venise par un Lion d’or honorifique, saluant une carrière à la fois éclatante et profondément marquée par une volonté de liberté.

Une légende malgré elle

Née Marilyn Pauline Novak en 1933 à Chicago, de parents d’origine tchèque, Kim Novak n’était pas destinée à devenir une star de cinéma. Mannequin, hôtesse et vendeuse, elle est repérée par hasard à l’âge de 20 ans à Los Angeles. Le studio Columbia la prend sous contrat et veut faire d’elle une nouvelle Marilyn Monroe. Refusant d’effacer totalement ses racines, elle obtient de garder son nom de famille, mais abandonne son prénom de naissance. Kim Novak est née.

Très vite, elle s’impose sur les écrans dans des films à succès comme Phffft! ou Picnic, mais c’est en 1958 que son nom entre dans la légende. Dans Vertigo, elle incarne Judy/Madeleine, personnage double et énigmatique, aux côtés de James Stewart. Un rôle marquant dans un film d’abord incompris, devenu depuis l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma.

Une actrice insoumise au système

Derrière la beauté glaciale façonnée par les studios, Kim Novak se révèle vite réfractaire aux diktats d’Hollywood. « Ce qu’ils veulent, c’est vous recréer à l’image de ce qu’ils ont en tête », confiait-elle en 2013 au Nouvel Observateur. « On m’a traitée de morceau de viande. » Sa carrière, marquée par des hauts et des bas, est celle d’une femme qui n’a jamais accepté de se plier entièrement aux règles du star-system.

Elle tournera aux côtés de Jack Lemmon, Frank Sinatra, William Holden, ou encore Fredric March, mais regrettera de ne pas avoir eu accès à des rôles plus complexes, dénonçant la récurrence des “femmes-enfant” qu’on lui faisait incarner.

En 1991, le tournage cauchemardesque de Traumatismes (Liebestraum) avec le réalisateur Mike Figgis la convainc de quitter définitivement Hollywood. Elle s’installe dans l’Oregon, dans un ranch où elle se consacre à la peinture, entourée de chevaux, de lamas et de son mari vétérinaire.

Un Lion d’or pour une femme libre

À Venise, Kim Novak a reçu une ovation debout, près de trente ans après avoir tourné son dernier film. La Mostra, par la voix de son directeur Alberto Barbera, a salué « une vedette émancipée, une rebelle au cœur du système qui a illuminé les rêves de la cinéphilie ».

La remise de ce Lion d’or s’accompagne également de la présentation d’un documentaire hommage : Kim Novak’s Vertigo, réalisé par Alexandre O. Philippe. Le film revient sur la carrière de l’actrice et sa relation intime au rôle de Madeleine, symbole pour elle d’un Hollywood qui fabrique des identités à la chaîne.

Kim Novak, qui a aussi révélé avoir été victime de violences dans son enfance et diagnostiquée bipolaire après son départ du cinéma, a fait de sa vie un combat pour l’intégrité et l’indépendance.

« On ne peut pas laisser les gens nous pourrir la vie », déclarait-elle après avoir été moquée pour son apparence lors des Oscars 2014. À Venise, la légende qu’Hollywood a tenté de modeler à son image a été célébrée pour ce qu’elle est vraiment : une artiste, une survivante et une femme libre.

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