Adapté de son propre roman, le premier film de Mourad Winter parvient à conjuguer humour grinçant et émotion sincère. Porté par le duo inattendu mais irrésistible formé par Laura Felpin et Hakim Jemili, L’amour, c’est surcoté débarque en salles ce mercredi 23 avril avec une fraîcheur bienvenue dans un genre souvent figé.
Quand le malaise amoureux devient matière à rire (et à émouvoir)
Anis n’a jamais brillé en matière de séduction. Largement empêtré dans ses complexes et les séquelles de la perte de son meilleur ami, ce trentenaire peine à faire le deuil de sa solitude affective. Jusqu’à ce qu’il croise Madeleine, une femme énigmatique et désabusée, aussi directe que lui est maladroit. De leur rencontre improbable naît une romance chaotique et pleine d’étincelles, où les maladresses deviennent les moteurs d’une histoire d’amour qui ne dit pas toujours son nom.
Dans un genre très balisé, Mourad Winter injecte un ton singulier, entre dialogues pince-sans-rire et situations à la fois absurdes et justes. Inspirée de son roman publié en 2021 chez Robert Laffont, l’adaptation évite les clichés faciles et construit ses personnages avec finesse. Laura Felpin, pour son premier rôle principal au cinéma, incarne une Madeleine farouchement libre avec une énergie captivante. Face à elle, Hakim Jemili (vu récemment dans Mercato et Le Routard) compose un Anis touchant de vulnérabilité. Leurs échanges – souvent maladroits, parfois cinglants – sont servis par une écriture acérée qui joue habilement des silences autant que des punchlines.
Une comédie à l’équilibre subtil, entre romantisme et dérision
Ce qui fait la force de L’amour, c’est surcoté, c’est sa capacité à ménager un espace entre la moquerie et la tendresse. Derrière les blagues souvent piquantes se dessine un regard sincère sur les fragilités contemporaines du lien amoureux. Mourad Winter évite la facilité d’une narration linéaire, préférant explorer les non-dits, les loupés, les contradictions de deux êtres que tout oppose. Il réussit aussi à faire exister autour du duo principal une galerie de seconds rôles savoureux – incarnés notamment par Clotilde Courau, François Damiens ou Benjamin Tranié – qui apportent un supplément d’âme sans jamais détourner l’attention.
Si certains pourront regretter que cette pépite vienne cruellement rappeler le manque de comédies romantiques originales dans le paysage français depuis L’Arnacœur (2010), le film de Mourad Winter n’en est que plus précieux. À la fois drôle et mélancolique, il saisit avec justesse ce que c’est que d’aimer sans mode d’emploi. Et réussit à le faire sans jamais surjouer, dans une mise en scène à la sobriété maîtrisée.