Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2025, Dites-lui que je l’aime réunit l’actrice et réalisatrice Romane Bohringer et la députée Clémentine Autain autour d’un deuil partagé : celui d’une mère trop tôt disparue. Mêlant autofiction, documentaire et enquête intime, le film signe une œuvre bouleversante sur l’abandon, la mémoire, et la quête de réconciliation.
Deux enfances brisées, une douleur commune
Tout commence avec une émission de télévision. Chez elle, Romane Bohringer entend Clémentine Autain évoquer le décès de sa mère, l’actrice Dominique Laffin, survenu alors qu’elle n’avait que 12 ans. Bouleversée par cette parole, elle se reconnaît immédiatement dans ce récit : elle-même a été abandonnée par sa mère à l’âge de neuf mois, avant que celle-ci ne meure lorsqu’elle avait 14 ans. Un lien invisible se tisse entre les deux femmes, qui décident d’en faire un film. L’actrice adapte alors le livre autobiographique de la députée, Dites-lui que je l’aime, transformant leur histoire en œuvre commune.
À l’écran, leurs récits s’entrelacent. D’un côté, la douleur d’une petite fille dont la mère, célèbre mais fragile, a été engloutie par la dépression et l’addiction. De l’autre, le vide laissé par une figure maternelle disparue trop tôt, dont l’absence a marqué toute une vie. Ce double portrait de filles blessées, devenu mères à leur tour, évite le pathos et navigue avec justesse entre humour et mélancolie.
Un film miroir qui devient quête personnelle
Initialement imaginé comme une adaptation fictionnelle du livre d’Autain, le projet évolue. Bohringer envisage plusieurs actrices pour incarner la députée (dont Julie Depardieu et Céline Sallette), avant de lui proposer de prêter sa propre voix au récit. Ce basculement donne au film une dimension encore plus intime. Mais surtout, il fait naître une autre idée : si Clémentine Autain raconte sa mère, pourquoi Romane Bohringer ne ferait-elle pas, elle aussi, cette démarche ?
C’est ainsi qu’un second film s’esquisse en filigrane. Encouragée par sa psychanalyste et son fils, qui l’assiste dans sa quête, Bohringer mène l’enquête sur sa propre mère, longtemps restée une énigme. Dans un montage délicat et sensible, elle assemble archives, témoignages familiaux et fragments de fiction pour reconstruire un visage, une histoire, une mémoire. Richard Bohringer, son père, y apparaît pudique et bouleversant. Loin d’une thérapie filmée, Dites-lui que je l’aime devient un geste de réparation, une tentative de dire l’indicible, de faire revivre les absentes.