“Des jours meilleurs” : briser le silence sur l’alcoolisme féminin avec justesse et humanité
Des jours meilleurs

Premier long-métrage du duo Elsa Bennett et Hippolyte Dard, Des jours meilleurs mêle fiction et témoignages pour lever le voile sur une réalité souvent ignorée : l’alcoolisme chez les femmes. En salles le 23 avril, le film offre à Valérie Bonneton un rôle poignant, loin de ses registres habituels.

Une fiction ancrée dans le réel

C’est à la suite d’un accident de voiture causé par son alcoolisme que Suzanne, mère de trois enfants, est contrainte d’intégrer un centre de désintoxication. Pour espérer retrouver la garde de ses enfants, elle doit faire face à son addiction. Portée par une Valérie Bonneton bouleversante dans un rôle à contre-emploi, Suzanne incarne l’un de ces visages trop souvent invisibles de la dépendance féminine. Dans ce centre, elle croise d’autres femmes brisées : Alice, jeune fêtarde en quête d’identité (interprétée par Sabrina Ouazani), ou Diane, actrice déchue rongée par la culpabilité (jouée par Michèle Laroque). Ensemble, elles s’engagent dans un projet inattendu : participer au Rallye des dunes, une course dans le désert, orchestrée par Denis, éducateur sportif et ancien alcoolique (Clovis Cornillac).

Entre entraînements physiques, confidences et rechutes, ce périple devient un catalyseur de reconstruction. Les réalisateurs, épaulés au scénario par Louis-Julien Petit (Les Invisibles), injectent des respirations comiques dans un récit dramatique, renforçant l’authenticité de cette aventure humaine. Certaines comédiennes sont d’ailleurs d’anciennes alcooliques, et plusieurs scènes sont inspirées de témoignages réels, notamment ceux recueillis grâce à l’engagement de Laurence Cottet, militante de la prévention des addictions.

Un sujet sensible traité avec nuance

Sans jamais tomber dans le pathos, Des jours meilleurs adopte une approche quasi-documentaire dans certaines séquences où les personnages s’adressent directement à la caméra, comme lors d’entretiens médicaux. Le film aborde frontalement les tabous liés à l’alcoolisme au féminin : honte sociale, isolement, charge mentale, mais aussi poids du silence. À travers ses portraits de femmes issues de milieux variés, il démonte les clichés et insiste sur l’ampleur souvent méconnue de ce fléau.

En filigrane, le long-métrage interroge aussi la résilience et la capacité à se reconstruire par l’effort collectif. La participation au rallye devient un symbole : celui d’un cap à franchir, d’une course vers la réappropriation de soi. « J’ai envie que le regard sur vous change », dit Denis à Suzanne. Cette phrase résonne comme la ligne directrice du film, dont la vocation est autant artistique que sociale.

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