Un matin comme les autres dans un bar-PMU de Versailles vire au cauchemar quand un client y oublie un ticket gagnant de 294 millions d’euros. À partir de cet instant, tout s’effondre : une personne meurt, une autre est grièvement blessée, et les témoins présents s’enfoncent dans un engrenage de récits contradictoires. « Le Roi Soleil », deuxième long-métrage de Vincent Maël Cardona, sorti en salles le 27 août, mêle thriller, comédie noire et huis clos étouffant pour explorer une obsession bien contemporaine : réécrire la vérité pour la rendre plus acceptable — ou plus rentable.
Un PMU ordinaire, un drame, et un pactole en jeu
Si le film débute dans l’ambiance solennelle du château de Versailles, il s’en écarte très vite pour poser son décor dans un bar-tabac de quartier : le Roi Soleil. Un vieil habitué y découvre qu’il vient de remporter près de 300 millions à la loterie. Mais il oublie son ticket sur le comptoir. Lorsque le chaos éclate à son retour, les clients du matin deviennent les acteurs malgré eux d’un fait divers sordide. Deux policiers de passage (interprétés par Pio Marmaï et Sofiane Zermani) doivent gérer la situation, tout en pesant le poids de leurs choix face à un gain vertigineux.
Les clients présents — un jeune médecin (Panayotis Pascot), une patronne à la main ferme (Maria de Medeiros), un trader en errance, une serveuse débrouillarde — réalisent qu’ils peuvent, en s’alliant, modifier la version officielle de ce qu’il s’est passé. Le film s’installe alors dans une mécanique de tensions, où chacun tente d’élaborer le bon scénario à raconter aux autorités, celui qui permettrait à tous de repartir avec une part du trésor.
Une vérité malléable dans un huis clos en tension
La construction du récit repose sur une série de flash-backs multiples, qui permettent de revisiter plusieurs fois les mêmes scènes, mais à travers les regards différents de chaque protagoniste. À chaque nouvel angle, des détails changent, d’autres apparaissent, certains disparaissent. La vérité semble devenir un matériau que l’on modèle à mesure qu’on tente de l’arranger à son avantage.
Ce procédé, qui évoque les récits à la Rashômon, pousse le spectateur à douter de tout. Les personnages échafaudent des versions, puis les détruisent, recommencent, se contredisent. Chaque tentative de narration est une stratégie, jamais un aveu sincère. À mesure que les scénarios se multiplient, le rythme faiblit, les rebondissements s’essoufflent, et l’ensemble perd en impact. Le film peine parfois à choisir entre la farce cynique et le drame moral, entre satire sociale et comédie noire.
Reste une interprétation très solide : Sofiane Zermani campe un flic rongé par les dilemmes moraux, Pio Marmaï un policier plus candide, tandis que Maria de Medeiros excelle dans un rôle ambivalent de tenancière à double visage. Le tout est porté par une bande-son baroque signée Delphine Malausséna, qui ajoute un décalage musical à ce théâtre des petits arrangements.
Avec « Le Roi Soleil », Vincent Maël Cardona livre un film ambitieux sur la manière dont la vérité devient un outil, voire une marchandise, quand l’argent entre en scène. Un huis clos à la fois cynique et ludique, qui pose une question universelle : jusqu’où seriez-vous prêt à mentir, si une fortune dépendait de votre version des faits ?