Le 17 mai 1904, Jean-Alexis Moncorgé, futur Jean Gabin, voit le jour à Paris. Ce fils d’artistes de café-concert, élevé à Mériel dans le Val-d’Oise, deviendra l’un des plus grands acteurs français du XXe siècle. Il incarnera à l’écran la France dans toute sa diversité : populaire, digne, taciturne, mais profondément humaine. À travers plus de 90 films, il traverse l’histoire du pays comme un miroir de ses mutations.
Des débuts au music-hall à l’âge d’or du cinéma
Gabin commence sa carrière comme chanteur d’opérette dans les années 1920, sous la houlette de Mistinguett. Mais c’est le cinéma parlant qui lui offre sa véritable chance. En 1930, il joue dans Chacun sa chance puis enchaîne les rôles. C’est Julien Duvivier qui le révèle dans La Bandera (1935), La Belle Équipe (1936) et surtout Pépé le Moko (1937), où son charisme brut fait mouche. Il devient alors la figure du héros populaire, tour à tour ouvrier, soldat, amant blessé.
Sa collaboration avec Jean Renoir marque l’histoire du 7e art : La Grande Illusion (1937), pacifiste et humaniste, est un triomphe international. Puis vient La Bête humaine (1938), chef-d’œuvre noir où Gabin incarne un mécanicien rongé par ses pulsions. Avec Le Quai des brumes (1938) de Marcel Carné, il immortalise la célèbre réplique lancée à Michèle Morgan : « T’as d’beaux yeux, tu sais ».
Un homme libre face à l’Histoire
Refusant de tourner pour les studios allemands de la Continentale pendant l’Occupation, Jean Gabin quitte la France en février 1941. Il s’exile aux États-Unis, retrouve Jean Renoir, fréquente Marlène Dietrich, mais tourne peu. En 1943, il rejoint la France libre et s’engage dans les Forces navales françaises combattantes. Chef de char dans la 2e DB, il combat jusqu’à la libération de Royan. Cet engagement silencieux mais total achève de forger sa légende.
À la Libération, Gabin est vieilli prématurément. Son image de jeune séducteur ne colle plus. Mais il renaît avec Touchez pas au grisbi (1954) de Jacques Becker : le Gabin nouveau est né, imposant, solide, souvent flic ou truand, toujours droit. Les dialogues d’Audiard deviennent sa seconde peau.
Une figure nationale
Des années 1950 aux années 1970, il est omniprésent. Il incarne le commissaire Maigret, des juges, des routiers, des pères, des clochards. Ses partenaires s’appellent Ventura, Delon, Belmondo, Bourvil ou Louis de Funès. Il tourne Le Pacha, Le Président, Un singe en hiver, La Traversée de Paris, Le Chat…
Gabin, c’est la France des Trente Glorieuses, entre tradition et mutation, celle d’une société qui se modernise sans renier ses racines. Il meurt le 15 novembre 1976 à Neuilly-sur-Seine. Il repose aujourd’hui au large de Brest, selon ses volontés de marin.