La réalisatrice franco-polonaise Julia Kowalski revient sur la Croisette avec Que ma volonté soit faite, un film audacieux présenté à la Quinzaine des cinéastes, qui mêle possession, pulsion et quête d’identité dans une atmosphère où le fantastique flirte avec la chair.
Dès les premières minutes, la voix de Nawojka glace le sang : « Ma mère s’agenouillait devant Satan. Le mal était en elle. Je l’ai aussi en moi. » Isolée dans une ferme avec son père et ses frères, la jeune femme sent naître en elle un pouvoir destructeur, lié à son désir. Quand Sandra, une femme au charisme dérangeant, réapparaît dans le village, les troubles de Nawojka s’intensifient, prenant des formes surnaturelles et incontrôlables.
Ce deuxième long-métrage de Julia Kowalski, après Crache cœur, reprend les obsessions déjà explorées dans son précédent moyen métrage J’ai vu le visage du diable, également présenté à Cannes. Mais ici, elle pousse plus loin l’exploration du corps féminin, du refoulé et de la transgression, avec une intensité visuelle remarquable.
Désir interdit et corps possédé
Le film joue à fond la carte du symbolisme : flammes, visions, convulsions. Nawojka croit être habitée par un démon, chaque montée de désir réveillant une force incontrôlable en elle. Pour Julia Kowalski, il s’agit d’une métaphore du « désir mal assumé », celui que la société pousse à réprimer jusqu’à le rendre monstrueux. Son héroïne est hantée autant par le passé de sa mère que par sa propre sexualité, dans une famille où tout semble verrouillé par la honte et la religion.
La figure de la sorcière devient ici le miroir de cette femme qui ose désirer, qui dérange parce qu’elle se libère. « Une femme est une sorcière dès lors qu’elle assume, et cela effraie », résume la réalisatrice. Ce postulat irrigue tout le film, jusque dans ses séquences les plus déconcertantes, comme celle d’un mariage qui vire au malaise, ou encore une fuite nocturne, presque hallucinatoire, rythmée par une guitare électrique et une atmosphère incandescente.
Une mise en scène habitée
La force de Que ma volonté soit faite réside dans sa mise en scène charnelle et fiévreuse. Filmé en 16 mm par Simon Beaufils, le long-métrage épouse les états d’âme de ses personnages avec une précision troublante. Maria Wróbel, dans le rôle de Nawojka, offre une performance habitée, entre fragilité et rage rentrée. Face à elle, Roxane Mesquida incarne Sandra avec un magnétisme discret, qui rappelle ses rôles chez Breillat ou Araki.
Au-delà de son récit fantastique, le film interroge aussi la place des femmes dans une société encore marquée par des injonctions conservatrices. Il donne à voir la peur, mais aussi la puissance, qui naît du refus d’obéir. La dernière séquence, glaçante et poétique, montre une Nawojka nue, couverte de terre, traversant un village pétrifié de silence. Dans le regard d’un enfant, entre horreur et fascination, le film trouve son écho le plus profond : celui d’un mystère qui dérange, et d’une liberté que rien ne peut éteindre.