Dans cette farce politique délirante, les chefs d’État du G7 s’enfoncent dans une forêt allemande, perdent leurs repères – et leur personnel – et se retrouvent livrés à eux-mêmes. « Rumours, nuit blanche au sommet », présenté hors compétition à Cannes, met en scène une comédie surréaliste et satirique menée tambour battant par Cate Blanchett, entourée d’un casting improbable. Un film qui mélange théâtre politique, film d’horreur et soap grotesque, jusqu’à flirter avec la dystopie loufoque.
Une farce politique sous influence horrifique
Coréalisé par Guy Maddin avec Galen et Evan Johnson, le film imagine un sommet du G7 organisé dans un château isolé en Allemagne. Les chefs d’État, censés s’accorder sur une déclaration commune face à une crise floue, peinent à se mettre d’accord et enchaînent les platitudes. L’ambiance bascule lorsqu’ils réalisent que leur personnel a disparu et qu’ils sont seuls, perdus dans une forêt mystérieuse où surgissent des phénomènes étranges – dont des zombies exhibitionnistes.
Cate Blanchett incarne Hilda Ortmann, chancelière allemande autoritaire tentant de maintenir l’ordre dans ce chaos. À ses côtés, un président français grandiloquent interprété par Denis Ménochet, un Premier ministre canadien aux airs de poète hippie, un président américain sénile ou encore une commissaire européenne incomprise, donnent vie à une galerie de caricatures réjouissantes. Si la satire politique est acide, le film évite l’écueil de la parodie facile en poussant chaque personnage dans ses retranchements avec une précision burlesque.
Un carnaval de genres maîtrisé
Oscillant entre théâtre de l’absurde, film de genre et fable désabusée, Rumours assume son excentricité. On y trouve des dialogues taillés à la hache, une mise en scène volontairement kitsch, des effets spéciaux artisanaux, des ralentis outranciers ou encore des fondus enchaînés volontairement datés. À travers ce dispositif volontairement décalé, les réalisateurs dénoncent l’impuissance de dirigeants dépassés, qui deviennent peu à peu les fossoyeurs symboliques d’une démocratie vacillante.
Sous ses allures de divertissement grotesque, Rumours propose un regard acide sur la vacuité du discours politique contemporain. L’humour noir masque à peine un pessimisme profond sur la capacité de nos dirigeants à affronter les crises de notre époque. Un film audacieux, baroque et parfois dérangeant, mais qui assume son regard désenchanté avec panache.