Avec Jay Kelly, Noah Baumbach déçoit malgré des dialogues brillants
Avec Jay Kelly, Noah Baumbach déçoit malgré des dialogues brillants

Disponible depuis le 5 décembre sur Netflix, Jay Kelly, dernier film du réalisateur Noah Baumbach, peine à convaincre malgré un casting prestigieux et quelques fulgurances d’écriture. George Clooney et Adam Sandler y incarnent deux figures du star-system en perte de repères, dans une comédie plus bavarde que percutante.

Une satire douce-amère du culte de la célébrité

Jay Kelly est une icône hollywoodienne au sommet de sa carrière, incarnée avec élégance par George Clooney. Charismatique, adulé, toujours tiré à quatre épingles, il traverse pourtant une crise existentielle profonde. En quête de sens, il plaque tout pour rejoindre sa fille lors d’un voyage en Europe. Ce road-trip improvisé, qui le mène de Paris à l’Italie, met en lumière ses ratés en tant que père et ses relations superficielles avec un entourage essentiellement intéressé.

Noah Baumbach, fidèle à ses thématiques introspectives, signe ici un portrait de star rongée par la solitude, assistée d’un manager loyal mais fatigué, campé avec justesse par Adam Sandler. Malgré la connivence palpable entre les deux acteurs, le film se perd rapidement dans un enchaînement de scènes convenues, entre flashbacks poussifs et esthétisme touristique à la Emily in Paris.

Dialogues ciselés et humour acide : les seules étincelles

Ce qui sauve le film de la platitude, ce sont ses dialogues. Inspirés des comédies loufoques américaines des années 1930 et 1940, ils se répondent à un rythme effréné, se croisent, se chevauchent avec brio. Noah Baumbach et sa co-scénariste Emily Mortimer ont misé sur une mécanique verbale précise, où chaque réplique fuse comme une flèche bien ciblée. Les répliques des enfants notamment, drôles et cruelles, font mouche à plusieurs reprises.

« Je coiffe Emmanuel Macron cet après-midi », lance l’un des personnages, soulignant le décalage absurde et savoureux du film. Une adolescente s’exclame même : « Je suis obligée de porter des Crocs ! », après s’être plainte de ses pieds gonflés – une sortie hilarante et inattendue, typique du ton du film. La mélancolie s’immisce aussi, avec des phrases plus poétiques, comme celle où un enfant demande ce qu’est un fantôme, et où sa mère répond : « Ce sont des petits moines qui s’expriment. »

Pour parvenir à ce rendu sonore foisonnant, le monteur Valerio Bonelli a expliqué que tous les personnages, même secondaires, étaient équipés de micros individuels. Un dispositif rare, pensé pour préserver la spontanéité des échanges et capter toute la richesse des interactions.

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