Avec Indomptables, Thomas Ngijol s’impose à Cannes avec un polar camerounais intense
 Avec Indomptables, Thomas Ngijol s’impose à Cannes avec un polar camerounais intense

Pour son retour sur la Croisette, Thomas Ngijol surprend en abandonnant la comédie au profit d’un thriller dramatique présenté à la Quinzaine des cinéastes. Réalisé et interprété par ses soins, Indomptables s’ancre à Yaoundé, capitale du Cameroun, pays d’origine de l’artiste. Loin des registres légers qui ont fait sa popularité, il livre ici une œuvre grave, tendue et profondément personnelle.

Un polar brûlant dans les rues de Yaoundé

Inspiré du documentaire Un crime à Abidjan de Mosco Lévi Boucault, le film transporte l’action de la Côte d’Ivoire au Cameroun, mais en conserve l’ossature dramatique. Ngijol y incarne le commissaire Billong, policier autoritaire, à la fois figure d’ordre et père débordé, dont l’enquête sur le meurtre d’un collègue révèle les failles. Si l’enquête piétine malgré les méthodes musclées, c’est dans ses relations familiales et intimes que le personnage vacille véritablement. À travers cette figure d’homme coincé entre devoir professionnel et désarroi personnel, Indomptables explore une masculinité abîmée, hantée par la norme.

Loin de s’attarder sur une critique sociale frontale, le film préfère les évocations subtiles : coupures de courant, dialogues amers avec sa fille ou tension dans le couple. Le thriller se double ainsi d’un portrait de société esquissé en creux, entre chaos quotidien et frustration sourde. La mise en scène sobre et resserrée, saluée par la critique, contribue à cette atmosphère d’oppression constante. La ville elle-même, Yaoundé, est filmée dans toute sa rudesse, à la fois théâtre d’action et miroir du désordre intérieur du héros.

Un virage artistique assumé

Thomas Ngijol l’a confié devant le public ému du théâtre de la Croisette : ce film est « le plus personnel » de sa carrière. Tourné sur les terres de ses ancêtres avec des comédiens locaux, Indomptables est autant un geste artistique qu’un retour aux sources. En s’éloignant des recettes de la comédie grand public, il ouvre une nouvelle page de son parcours. « Je voulais mêler l’intime au populaire », a-t-il expliqué à France Télévisions, soulignant son désir de briser le « plafond de verre » qui enfermait ses précédents rôles.

Produit par Pascal Caucheteux pour Why Not Productions, ce projet marque un changement de ton audacieux, dans la lignée de Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin, également tiré d’un documentaire de Boucault. Présenté à Cannes le 21 mai 2025, Indomptables a reçu un accueil chaleureux et s’impose comme l’un des films les plus singuliers de cette Quinzaine. Il sortira en salle le 11 juin prochain.

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