Créé en 1985, le mythique studio japonais Ghibli célèbre quatre décennies de cinéma d’animation à la main. À l’origine de classiques comme Le Voyage de Chihiro ou Princesse Mononoké, il a su mêler beauté visuelle, engagement écologique et récits empreints de profondeur.
Un duo fondateur et une œuvre marquée par l’ombre et la lumière
Né de la collaboration entre Hayao Miyazaki et Isao Takahata, le Studio Ghibli est devenu en quarante ans une référence mondiale de l’animation. La création du studio fait suite au succès de Nausicaä de la Vallée du Vent en 1984, une fable post-apocalyptique qui annonçait déjà les préoccupations environnementales et philosophiques qui hanteront l’ensemble de leur œuvre. Dans un entretien accordé à l’AFP, Goro Miyazaki, fils d’Hayao et réalisateur lui-même, évoquait l’héritage de cette génération marquée par la guerre, et soulignait la présence d’« une odeur de mort » dans ces récits où l’on croise des forêts empoisonnées, des bombes oubliées, ou encore des enfants confrontés à la disparition de leurs proches.
Malgré leur douceur apparente, les films Ghibli ne fuient jamais la complexité : Mon voisin Totoro, souvent perçu comme une œuvre lumineuse, contient en filigrane la peur enfantine de la perte. Cette ambiguïté est l’une des marques de fabrique du studio, comme l’explique Susan Napier, professeure américaine spécialiste de Miyazaki : « L’ombre et la lumière coexistent souvent chez Ghibli », une opposition plus subtile que dans bien des productions occidentales.
Un imaginaire enraciné dans la nature, l’écologie et la culture mondiale
Les fictions du studio placent au centre un lien intime entre les humains, la nature et le monde invisible. Dans Princesse Mononoké (1997), la guerre entre une forêt sacrée et des humains en quête de ressources reflète une tension universelle : la confrontation entre développement et préservation. Cette fibre écologiste et animiste, très présente également dans Le Garçon et le Héron (Oscar du meilleur film d’animation en 2024), fait écho à l’actualité environnementale contemporaine, comme le notent plusieurs spécialistes interrogés par l’AFP.
Mais l’originalité de Ghibli tient aussi à son ouverture culturelle. Inspirés autant par les contes japonais que par des influences européennes, Miyazaki et Takahata ont notamment puisé dans les œuvres de Saint-Exupéry ou Paul Grimault. Takahata, passionné de littérature française, a même reconnu l’impact de L’Homme qui plantait des arbres, le court-métrage oscarisé du Canadien Frédéric Back.
En 2024, le Festival de Cannes a salué cette richesse en décernant une Palme d’or d’honneur au studio, une première pour une institution cinématographique. Et si Le Garçon et le Héron pourrait marquer la dernière réalisation d’Hayao Miyazaki, aujourd’hui âgé de 84 ans, Ghibli continue de nourrir l’imaginaire de millions de spectateurs à travers le monde. Plusieurs de ses films, comme La Colline aux coquelicots ou Souvenirs de Marnie, seront