« Nuremberg » au cinéma : le procès nazi revu comme un duel psychologique
« Nuremberg » au cinéma : le procès nazi revu comme un duel psychologique

Le film Nuremberg, signé James Vanderbilt et attendu en salles le 28 janvier, remet en scène le procès fondateur qui jugea les principaux dignitaires du IIIe Reich après la Seconde Guerre mondiale. Le long-métrage choisit un angle resserré : la confrontation entre Hermann Göring, l’accusé le plus charismatique, et Douglas Kelley, le psychiatre américain chargé de vérifier que les prisonniers sont aptes à être jugés et ne se suicident pas avant l’audience, d’après le synopsis diffusé par la production via l’AFP.

Un face-à-face Göring–Kelley pour raconter le “mal” en action

L’intrigue s’appuie sur Le Nazi et le Psychiatre, le livre du journaliste américain Jack El-Hai, écrit à partir des archives et notes de Douglas Kelley. L’action se situe à l’ouverture du procès de Nuremberg, qui se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 : 24 dirigeants nazis sont poursuivis, et l’accusation repose sur quatre chefs majeurs (complot, crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l’humanité), selon les rappels factuels donnés dans les présentations relayées par l’AFP.

Au cœur du film, Kelley (Rami Malek) pense pouvoir “tenir” Göring, mais découvre un homme rompu à la manipulation et décidé à utiliser le tribunal comme une scène. Russell Crowe incarne ce Göring sûr de lui, qui tente de retourner les rapports de force et de jouer des failles de ses adversaires. Le réalisateur revendique d’ailleurs une idée dérangeante : montrer que les crimes nazis ne viennent pas de “monstres” au sens biologique, mais d’hommes capables de rationaliser l’horreur, un point mis en avant dans la présentation de franceinfo.

Un blockbuster pédagogique… et un débat sur la mise en scène

Avec sa reconstitution minutieuse, son casting (Crowe, Malek, Michael Shannon, Richard E. Grant) et une mise en scène très hollywoodienne (montage nerveux, musique omniprésente), Nuremberg assume le spectacle pour rendre accessible un sujet dense. Le film s’autorise aussi des choix qui peuvent heurter : insertion d’images d’archives et place limitée donnée aux victimes, même si un personnage secondaire, un jeune sergent, apporte une parole plus incarnée du traumatisme.

Pour le journaliste et écrivain Alfred de Montesquiou, fin connaisseur du procès, l’intérêt du film tient aussi à ce qu’il réactive une question très contemporaine : « ce film rappelle combien l’ordre mondial établi par les Alliés se délite sous nos yeux », dit-il dans un entretien au Figaro Magazine. Il reconnaît également que la fiction peut “arrondir” certains angles pour toucher un public large, mais juge précieux tout récit grand public qui aborde Nuremberg sans contrevérités majeures, selon ses propos rapportés par franceinfo.

L’enjeu mémoriel n’est pas théorique : une étude publiée en janvier 2025 par la Conference on Jewish Material Claims Against Germany indiquait que 46% des 18-29 ans en France déclaraient n’avoir jamais entendu parler de l’Holocauste. Dans ce contexte, la sortie de Nuremberg, accompagnée d’un dossier pédagogique destiné aux enseignants, vise aussi à faire entrer ce moment d’histoire dans la culture commune.

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