Le 28 juillet 1985, Michel Audiard tirait sa révérence. Quarante ans plus tard, les dialogues qu’il a écrits continuent de résonner comme un concentré de gouaille, d’ironie et de lucidité populaire. « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît », lâchait Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs. Une phrase devenue proverbe, à l’image de toute une œuvre ancrée dans la culture française.
Le titi de Paris devenu roi du verbe
Fils d’une modeste couturière du 14e arrondissement de Paris, Michel Audiard entre à Harvard du cinéma sans passer par l’ENA : en livrant des journaux à vélo, en écoutant les chauffeurs de taxi, en traînant ses guêtres au comptoir des bistrots. C’est là, à l’écoute des petites gens, qu’il forge son art : un parler fleuri, coloré, mordant, souvent drôle, parfois cruel. « Un dialoguiste, c’est avant tout un voleur », disait-il. Il piquait les mots dans la rue pour mieux les faire entendre sur les écrans.
Entré dans le cinéma en 1949, Audiard connaît très vite le succès. Mais c’est sa rencontre avec Jean Gabin en 1955 qui le propulse au sommet. Ensemble, ils enchaînent les classiques : Gas-oil, Un singe en hiver, Le cave se rebiffe, Les Vieux de la vieille. Dans la bouche de Gabin, ses phrases claquent comme des gifles. Son style est là : une métaphore inattendue, une punchline dévastatrice, un sens du rythme hérité des comédies musicales américaines.
Le verbe en bandoulière
Avec Les Tontons flingueurs (1963), Les Barbouzes (1964) ou encore Le Pacha (1968), Audiard signe les dialogues les plus cultes du cinéma français. Il impose un ton, une manière de dire les choses autrement, entre humour noir, tendresse bourrue et irrévérence. Il aime les marginaux, les flics fatigués, les truands sentimentaux, les lâches magnifiques. Il n’épargne ni les puissants, ni les cons : « Y a des aristocrates et des parvenus dans la connerie, comme dans le reste. »
À l’époque, la Nouvelle Vague le snobe. Lui les appelle les « apôtres de l’ennui filmé ». Il leur rend la pareille en restant fidèle à son public populaire. Les titres de ses films-réalisations en disent long sur son esprit farceur : Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !.
Une œuvre plus sombre qu’il n’y paraît
Derrière l’humour, il y a aussi la mélancolie. La mort de son fils François en 1975 le brise. Le verbe devient plus grave, plus intérieur. Il signe alors les scénarios de Garde à vue (César en 1982), Mortelle randonnée ou encore Pile ou face. Le dialoguiste gouailleur laisse parfois place à une gravité froide, mais toujours habitée par un sens aigu de l’humain.
Son passé pendant l’Occupation, marqué par des écrits publiés dans des journaux collaborationnistes, a longtemps été ignoré. Les révélations publiées dans les années 2010