“Les Rayons et les Ombres” : le film de Xavier Giannoli sur la dérive de Jean et Corinne Luchaire sous l’Occupation
“Les Rayons et les Ombres” : le film de Xavier Giannoli sur la dérive de Jean et Corinne Luchaire sous l’Occupation

Avec Les Rayons et les Ombres, Xavier Giannoli ne raconte pas seulement un épisode politique de l’Occupation : il suit l’effondrement d’un père et de sa fille, emportés dans la collaboration jusqu’à la ruine. Sorti le 18 mars, le film s’inspire de deux figures bien réelles, Jean Luchaire, journaliste influent devenu propagandiste du régime, et Corinne Luchaire, jeune actrice promise à une brillante carrière avant que la guerre ne brise sa trajectoire.

Jean Luchaire, du pacifisme à l’engrenage collaborationniste

Né en 1901, Jean Luchaire appartient très tôt aux milieux intellectuels parisiens. Journaliste précoce, proche dans sa jeunesse des idées pacifistes et européennes, il fonde en 1927 la revue Notre Temps, tournée vers la réconciliation franco-allemande. C’est dans ce contexte qu’il se lie à Otto Abetz, futur ambassadeur du Reich à Paris, une relation décisive dans sa dérive.

Au fil des années 1930, son pacifisme glisse vers une germanophilie de plus en plus aveugle. Après la défaite de 1940, il fonde Les Nouveaux Temps, journal financé par les Allemands, qui devient l’un des grands organes de la presse collaborationniste. Selon l’écrivain Cédric Meletta dans Jean Luchaire : l’enfant perdu des années sombres, il se convainc alors qu’il pourra encore défendre les intérêts français depuis cette position. En réalité, il accompagne activement un système dont il épouse peu à peu la logique. Arrêté à la Libération, il est jugé puis fusillé en février 1946.

Corinne Luchaire, une étoile fauchée dans la débâcle

Sa fille Corinne, révélée très jeune au cinéma, connaît un départ fulgurant à la fin des années 1930. Son visage moderne, sa jeunesse et son aisance à l’écran en font une actrice remarquée. Mais la guerre interrompt net cet élan. Pendant l’Occupation, elle quitte peu à peu les plateaux pour fréquenter les cercles mondains gravitant autour des officiers allemands et du milieu collaborationniste où évolue son père.

En 1944, elle suit Jean Luchaire à Sigmaringen, refuge des derniers fidèles du régime de Vichy en déroute. Après-guerre, elle est condamnée à dix ans d’indignité nationale. Elle ne retrouvera jamais sa place dans le cinéma. Minée par la tuberculose, sans ressources, elle tente de reprendre la main sur son récit dans Ma drôle de vie, publié en 1949 avec le journaliste Jean Thouvenin. Elle y minimise sa responsabilité et se présente comme emportée par les événements. Elle meurt l’année suivante, à seulement 28 ans.

C’est cette double faillite, intime et historique, que le film de Xavier Giannoli remet au centre : non pas celle de monstres éloignés, mais celle d’êtres mondains, brillants, persuadés de pouvoir composer avec l’inacceptable, jusqu’à s’y perdre entièrement.

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