Dans son nouveau long-métrage tourné clandestinement, le réalisateur iranien Nader Saeivar livre un drame bouleversant sur le sort réservé aux femmes dans son pays. À travers le portrait de Tarlan, professeure à la retraite et témoin d’un meurtre étouffé par les autorités, La Femme qui en savait trop expose l’étau patriarcal et répressif qui broie les vies, jusqu’à l’intimité la plus ordinaire. Coécrit avec Jafar Panahi, le film sort en salles le 27 août 2025.
Un huis clos tendu dans une société sous surveillance
Tarlan est une militante chevronnée, syndicaliste et enseignante à la retraite, qui élève sa fille adoptive Zara et sa petite-fille Ghazal. Lorsqu’elle découvre que le mari de Zara, un homme lié au régime islamique, tente de se débarrasser d’elle après qu’elle ait refusé de renoncer à son métier de professeure de danse, Tarlan décide de briser le silence. Elle alerte les autorités après avoir été témoin d’un crime. Mais sa démarche se heurte à un système verrouillé. La police refuse d’ouvrir une enquête, et les pressions ne tardent pas à s’intensifier.
Le film adopte la forme d’un thriller minimaliste, filmé en clair-obscur, où chaque regard, chaque silence et chaque porte qui claque deviennent des signes de menace. Tarlan se retrouve isolée, surveillée, harcelée, confrontée à la peur de ses proches. Son fils, lui-même en difficulté avec la justice, tente de la dissuader. Malgré tout, elle poursuit son combat. Maryam Boubani, actrice majeure en Iran et militante réelle du mouvement Femme, Vie, Liberté, incarne cette héroïne du quotidien avec une intensité bouleversante. Comme le rappelle France Télévisions, elle fut l’une des premières à apparaître sans hijab en public après les manifestations de 2022.
Trois générations face à la machine patriarcale
Au-delà de Tarlan, le film brosse le portrait de plusieurs femmes prises dans l’engrenage d’un système étouffant. Zara, jouée par Hana Kamkar, est à la fois épouse battue et artiste interdite : sa passion pour la danse est perçue comme une provocation, un obstacle à la carrière de son mari. Leur fille, Ghazal, incarne cette jeunesse iranienne assoiffée de liberté, mais contrainte de grandir entre violences domestiques et interdits religieux. Le scénario met en lumière la brutalité du pouvoir qui s’exerce dans les foyers autant que dans les rues, et dont la religion est souvent l’alibi.
Comme l’explique Nader Saeivar dans un entretien cité par France Télévisions, la répression passe aussi par les proches : « L’une des grandes méthodes du pouvoir est d’utiliser la famille pour exercer des pressions psychologiques. » Le film donne ainsi à voir des hommes mus par la peur ou le calcul : un fils lâche, un gendre violent, un propriétaire passif. À l’opposé, les femmes résistent. Certaines en silence, d’autres en actes. Leur combat prend la forme de gestes infimes – une conversation, un pas de danse, un refus de se taire – mais ces gestes fissurent l’autorité.
La scène finale, où des femmes dansent ensemble malgré l’interdiction, apparaît comme un manifeste. La Femme qui en savait trop ne se contente pas de dénoncer : il donne à voir, avec force et pudeur, une résistance quotidienne. Une œuvre essentielle, qui mêle le politique à l’intime avec une puissance rare.